Le chef de l’Etat guinéen, Alpha Condé, n’a pas dissipé les doutes de Me Moussa Sarr, avocat au barreau du Sénégal, sur l’opportunité d’un changement de Constitution à huit mois de la fin de son second quinquennat.

Alpha Condé a récemment déclaré que le référendum n’a rien à voir avec la Constitution. Qu’en pensez-vous?

C’est une réponse peu convaincante. A l’examen des faits, on se rend compte que le référendum (prévu le 1er mars 2020) aura des conséquences sur l’élection présidentielle.
Ce serait un projet de modification de la Constitution pour supprimer l’interdiction de briguer un troisième mandat. A partir de ce moment, il ne fait aucun doute que ce scrutin aura un impact sur la présidentielle. Maintenant, il a voulu camoufler cela à en faisant une question incidente.

L’affirmation d’Alpha Condé est contraire à la réalité. C’est vraiment regrettable qu’un chef de l’Etat puisse répondre, avec une telle légèreté, à une question aussi sérieuse. Il s’agit pourtant de l’avenir des Guinéens.

Pour le président guinéen, c’est son parti qui décidera de sa participation ou non à la présidentielle. Comment analysez-vous cette déclaration?

Dans une démocratie, tout le monde sait qu’il appartient à un parti politique de proposer un candidat pour une élection. Mais en Guinée, au Sénégal voire en Afrique francophone, c’est clair que le président sortant, sauf si le verrou constitutionnel l’en empêche, sera un candidat à sa réélection.

S’il n’avait pas envie d’être un candidat, alors pourquoi vouloir faire sauter le verrou constitutionnel en supprimant l’impossibilité de briguer un troisième mandat. Si Condé avait une volonté de respecter la Constitution, le parti aurait choisi un autre candidat.

Le président guinéen doit tirer sa révérence parce qu’il a épuisé toutes ses cartouches. Mais il s’impose comme le candidat de son parti, le Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG).
C’est la raison pour laquelle, ils sont obligés de changer la Constitution. C’est un problème de cohérence et de bon sens. Son argument manque notoirement de pertinence. Il ne convainc personne. Absolument personne.

Une frange de l’opposition prévoit de boycotter les prochaines consultations (législatives et référendaire). Est-ce une bonne stratégie?

Le boycott n’a jamais été, dans une démocratie, une bonne stratégie. Quand on fait la politique de la chaise vide, on donne la possibilité au pouvoir en place de perpétrer ses actes antidémocratiques. Ça n’a jamais servi à grand-chose. Je n’ai jamais vu un boycott modifier une situation politique en Afrique. Sur la scène politique, tout se gagne par un rapport de force. Mais à quel prix? En politique, lorsqu’on n’est pas d’accord, il faut créer les conditions d’un rapport de force pour faire reculer la partie adverse.

A mon avis, il faut participer à ces élections, favoriser un rapport de force pour que Condé soit battu lors du référendum ou au pire des cas, s’il s’entête, le faire à la présidentielle.
C’était le cas au Sénégal en 2012 avec le président Abdoulaye Wade. La renonciation au combat politique ou le boycott ne me paraissent pas responsables. Cela ne peut pas régler le problème en Guinée. Les opposants, la société civile, bref les Guinéens doivent s’organiser pour faire face au régime. Politiquement et non pas par la violence. C’est la meilleure solution. C’est dommage qu’en Afrique, des présidents tripatouillent la Constitution. Ils provoquent une insécurité constitutionnelle qui déstabilise socialement et politiquement leurs pays. Par Apanews