Thierno Sadou Diallo, Président du Mouvement de Réfondation, contributeur du site d'informations AlloAfricaNews

Le jeudi 13 Août 2020, le président guinéen Alpha Condé, accompagné du premier ministre Ibrahima Kassory Fofana et du ministre de l’Administration du territoire Bourema Condé, a procédé au lancement de la deuxième phase du plan d’urgence de l’Agence Nationale d’Inclusion Economique et Sociale (ANIES) contre la Covid-19.

Pompeusement annoncée comme une initiative présidentielle inédite en Afrique de l’Ouest, l’ANIES a été créée pour combattre l’extrême pauvreté en Guinée, en s’appuyant sur une redistribution des fruits de la prospérité engendrée par la relance du secteur minier et la stabilisation des indicateurs macroéconomiques.

Sur la même lancée, Alpha Conde avait décrété aussi que 15% des recettes fiscales minières soient réservées à l’Agence Nationale du Fonds d’Investissement des Collectivités), une autre agence créée pour favoriser un développement à la base des communautés. Et en quoi consiste donc le programme de l’ANIES?

Il s’agit d’effectuer des transferts monétaires aux plus pauvres des pauvres, c’est-à-dire les ménages qui ne peuvent s’assurer un repas par jour. Et chaque ménage éligible recevra 250.000 GNF/mois ($25 US) pour 6 mois durant lesquels l’ANIES proposera également aux jeunes et adultes valides de prendre part à des travaux à haute intensité de main d’œuvre contre une rémunération journalière de 35000 francs guinéens. Il avait été prévu aussi que le déploiement de l’ANIES se fasse en 2 phases.

Une première phase expérimentale qui allait porter sur les régions les plus pauvres comme Touqué, Gaoual, Forécariah, Beyla, Dabola, Kindia, Kérouané, Kouroussa, Mamou et ensuite la région spéciale de Conakry.

Avec l’irruption de la pandémie de Covid-19, le premier ministre Ibrahima Kassory Fofana a présenté son plan de riposte et de soutien économique le 6 Avril 2020. Il a pris soin alors d’adjoindre à ce plan de riposte le programme anti-pauvreté de l’ANIES. Les transferts monétaires devraient donc s’effectuer plus tôt que prévu aux ménages les plus vulnérables.

Une distribution de vivres qui viserait 25000 ménages de la capitale avait été aussi planifiée.
A voir le duo Alpha-Kassory entrain de distribuer du cash, des sacs de riz et des bidons d’huile, on est frappé par leur absence de mea-culpa et de remords. Tout simplement parce que l’image que cette scène évoque celle du pyromane qui vient à la rescousse pour éteindre l’incendie qu’il a lui-même allumé.

En effet le duo Alpha-Kassory représente le symbole de toutes les tares liées aux différents régimes qui ont sévi en Guinée. L’esprit collectiviste, le rationnement, la gestion personnelle du pouvoir, la répression policière qui ont caractérisé le premier régime ont refait surface dans la Guinée d’Alpha Condé. Et le second régime du Général-Président ne pouvait trouver meilleur représentant que Mr. Kassory Fofana dans la gouvernance actuelle caractérisée par la corruption, le clientélisme et le parasitisme. Tout cela aux dépends du vaillant peuple de Guinée.

C’est pourquoi dès le lancement de l’ANIES le 21 Novembre 2019 à Tougué par Kassory Fofana, j’avais publié un article intitulé: «L’ANIES, un aveu d’échec des dirigeants guinéens» dans lequel j’expliquais que la création de cette agence est la résultante de la mal gouvernance, des mauvaises politiques économiques, de la corruption endémique et de l’absence de cadres institutionnels adaptés.

Après tout, à une exception près, ce sont les mêmes hauts responsables qui étaient aux affaires et qui tenaient les manettes de l’économie guinéenne lorsque la pauvreté gagnait du terrain. A l’époque comme maintenant, c’est un projet totalement inadapté pour réduire la pauvreté en Guinée. Pour s’en convaincre il suffit de suivre l’évolution de la pauvreté en Guinée.

Les chiffres qui en disent long

L’ANIES, comme nous l’avons dit plus haut, a été créée pour combattre l’extrême pauvreté en procédant à des transferts monétaires aux ménages les plus vulnérables, c’est-à-dire aux plus pauvres des pauvres. La question est maintenant comment identifier ces ménages dans cette pauvreté ambiante. D’après les chiffres fournis par la Banque Mondiale et les services de la primature, le taux de pauvreté en Guinée a atteint 60% et près de 65% dans les zones rurales.

Il faut donc mener des opérations d’identification et recenser toutes ces personnes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté et n’ont pas l’argent pour acheter les produits de première nécessité. Ce sont ces personnes là qui seront éligibles pour recevoir la somme de 250.000 GNF pendant six mois. En surface, une intention bien louable mais la question fondamentale qu’il faut se poser est de savoir comment tous ces pauvres sont tombés entre les mailles du filet? C’est la question à un million de dollars!

Le président Alpha Condé et son Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana

En effet pour soigner un mal, il faut bien savoir comme il est survenu. Surtout quand on sait qu’à l’indépendance du pays, l’indice de pauvreté se situait entre 27,5 à 30%. Il ira en s’aggravant au cours des deux prochaines décennies jusqu’à atteindre le seuil de 44%.

Au début des années 80, il était autour de 45,6%. Durant le régime de Lansana Conté, l’indice de pauvreté était de 46,80% en 1991, 46,10% en 1994 pour retomber à 43% en 2002. De 2007 à 2012 cet indice de pauvreté est passe de 53% à 55,2%. C’est dire que même après l’arrivée d’Alpha Condé au pouvoir en 2010, la pauvreté a continué à gagner du terrain.

De 1958 à nos jours, en 60 ans d’indépendance, l’incidence de pauvreté a doublé passant de 30% à 60%. Si en 2012, la population sous le seuil de pauvreté était dans l’ordre de 35%, aujourd’hui il est estimé qu’au moins la moitié de la population vit en dessous de ce seuil de pauvreté (50%).

L’extrême pauvreté est donc un phénomène nouveau en Guinée et les facteurs qui y ont contribué sont connus: La mauvaise gouvernance, la corruption et l’absence des filets sociaux.
A suivre…

Thierno Sadou Diallo
Président du Mouvement pour la Refondation de la République

 

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