Le Premier ministre de la République du Congo Anatole Collinet Makosso (Photo Archives)

Le Premier ministre et chef du gouvernement de la République du Congo a séjourné récemment aux Etats-Unis dans le cadre des réunions de printemps 2022 du FMI et de la Banque mondiale qui se sont tenues du 18 au 23 avril à Washington. Avant de regagner son pays, M. Anatole Collinet Makosso s’est entretenu avec le directeur du site d’informations à AlloAfricaNews Ben Bangoura pour discuter des conclusions de sa visite dans la capitale américaine. En Exckusivité!

AlloAfricaNews: M. le Premier ministre au terme de cette visite officielle, quelles conclusions tirez vous de vos travaux?

Anatole Collinet Makosso: Je voudrais tout d’abord témoigner ma gratitude au gouvernement américain, aux autorités de la ville de Washington pour toutes les dispositions prises tant sur le plan sécuritaire que sur le plan hospitalier pour rendre notre séjour agréable. Je voudrais aussi saluer le travail de nos compatriotes, notamment M. l’ambassadeur, chef de mission et  l’ensemble de ses collaborateurs pour toutes les dispositions prises pour la réussite de cette première mission en terre américaine.

Comme vous devez le savoir, réélu à la tête du pays en mars 2021 et investi en avril de la même année, le président de la République, S.E Denis Sassou N’Guesso, avait nommé son gouvernement en mai 2021 à la tête duquel j’ai été placé.


Le président Denis Sassou N’Guesso de la République du Congo (Getty Images))

A la faveur de cette élection et tirant les leçons de ce que nous avions eu comme malentendu, le gouvernement a décidé de travailler en toute transparence et à assainir ses relations avec tous ses partenaires par une communication permanente, par des relations étroites en faisant preuve de redevabilité, de franchise dans la gestion des affaires de l’état tant vis à vis du peuple que vis à vis de ceux qui nous accompagnent et qui nous soutiennent. C’est donc dans cette optique que nous avons tenu à effectuer ce voyage aux Etats-Unis.

Quels sont les points qui ont dominé vos discussions à la Banque mondiale et au FMI? 

D’abord à la suite de la première revue du FMI depuis la reprise des négociations – suivie de la signature du memorendum- que nous avons conclu et à l’issue duquel nous avons bénéficié d’une facilité élargie de crédit, la revue qui vient de se dérouler au titre du premier trimestre de l’exécution du programme a été sanctionné par un communiqué qui salue les efforts des autorités congolaises en terme de réforme et de restructurations. Nous avons donc saisi les opportunités que nous offrent les assemblées de printemps de la Banque mondiale et du Fonds Monétaire International pour venir renforcer nos relations, évaluer l’exécution de ce programme et témoigner notre satisfaction et gratitude aux partenaires multilatéraux.

Ce voyage vous a t-il permis de signer de nouveaux accords de coopération?

Le PM Anatole Collinet Makosso reçu à Washington par le directeur général adjoint du FMI, Kenji Okamura

Avec le FMI il était question de faire le point sur l’exécution du programme et d’envisager d’autres mécanismes d’accompagnement, notamment liés à l’allocation des DTS au profit des pays africains. Des DTS non utilisés par les autres puissances au profit des pays désavantagés dont la République du Congo. Avec la Banque mondiale nous avons fait le point sur le portefeuille des projets déjà financés par cette institution au profit du Congo. Il s’agit bien entendu des projets qui sont arrivés à terme et qui nécessitaient d’être réactualisés.

Quels sont ces projets, monsieur le Premier ministre?

Nous avons par exemple des projets sur les réformes intégrées du service public. Il ya aussi le projet pour le développement urbain et de restructuration des quartiers précaires, le projet pour le développement des compétences et l’employabilité, le projet à l’appui à l’amélioration du système éducatif et tant d’autres qui meritaient d’être réactualisés et poursuivis. Tout cela nous a permis de nous rendre compte de l’étroitesse des relations entre notre pays et ces institutions.

Au moment où vous séjournez à Washington, quel est l’état des relations entre les Etats-Unis et le Congo?

Les relations entre les Etats-Unis et la République du Congo ont été également évoquées. A ce titre, j’ai été reçu successivement par Madame Dana Banks, conseillère du président Biden pour les questions africaines au niveau du Conseil national de sécurité, Madame Molly Phee, Secrétaire d’Etat adjointe aux Affaires africaines, ainsi que plusieurs autres personnalités de l’administration américaine. A tous les niveaux nous avons fait le point des relations de coopération, d’amitié, de solidarité et surtout des relations historiques que les Etats-Unis entretiennent avec la République du Congo.

Etes vous satisfaits de ces relations, sinon quelles sont les zones d’ombre?

Nous sommes satisfaits de la manière dont ces relations sont conduites et surtout de notre coopération économique. Nous avons plusieures entreprises américaines qui opèrent en République du Congo. Dans ce contexte, nous avons tenu à rassurer les autorités américaines de la disponobilité du gouvernement congolais à travailler davantage avec ces entreprises américaines afin de dissiper toutes les nuages qui laissent penser que la République du Congo à des partenaires privilégiés. Il est vrai que nous avons parfois des partenariats stratégiques avec bien d’autres pays mais les Etats-Unis sont un pays avec lequel nous avons une histoire commune datant de plusieurs siècles,

Quels sont les secteurs clés d’investissements américains en République du Congo?

Au cours des échanges, nous avons évoqué notre plan national de développement qui identifie plusieurs domaines de coopération. Dans les six pilliers du plan de développement élaboré par le gouvernement congolais, il ya des projets pour lesquels nous cherchons des partenaires dans le cadre des investissements directs étrangers ou encore des partenariats publics et privés, notamment dans le secteur de l’agriculture au sens large, y compris la pêche. Un domaine qui intéresse beaucoup les Etats-Unis parce que nous veuillons tous à la préservation des ressources halieutiques pour éviter une pêche sauvage qui remet en cause la conservation des espèces .

Le PM Makosso échange avec Dana Banks, conseillère à la MB du président Biden pour les questions africaines

Nous avons également abordé des questions liées au développement industriel, la création des zones industrielles spécialisées, sans oublier la promotion de l’industrie touristique. Sur ce point, nous nous sommes d’aiileurs accordés sur la nécessité de revisiter notre histoire étant donné qu’il ya un bon nombre de nos compatriotes africains ou congolais qui sont partis de Pointe Noire, de la Baie de Loango pour se retrouver en Amérique. Ces historiques sites à partir desquels des millions d’américains actuels sont partis meritaient d’être restaurés et préservés pour les futures générations.

Au plan international monsieur le Premier ministre, l’actualité est dominée par l’invasion russe de l’Ukraine. Quelle est la position de Brazzaville sur cette crise et quel est son impact sur le Congo?

Notre monde est devenu un village et quand la paix est perturbée dans une partie du monde, c’est tous les pays qui sont concernés et le Congo n’est pas une exception. Bien entendu, cela aussi était un des sujets au centre de mes discussions avec les autorités américaines dans le cadre de la préservation de la paix et de la sécurité. Et nous avons tenu à porter la voix du Congo, qui n’est pas d’ailleurs différente de celle de l’Afrique toute entière. Nous n’encourageons pas que les questions de souveraineté et d’intégrité des territoires soient remises en cause. Nous soutenons effectivement l’intégrité territoriale de l’Ukraine, mais nous avons tenu à porter notre voix sur la manière dont cette crise devait être réglée.

Le PM Anatole Collinet Makosso en compagnie de l’ambassadeur Serge Mombouli et d’autres officiels à Washington

L’Afrique a une expérience sur la gestion des crises parce que le continent a connu pratiquement toutes les formes de guerre dans ce monde: les guerres d’annexion, les guerres d’invasion, les guerres frontalières, etc…Nous avons simplement partagé l’expérience africaine de la manière dont ces crises sont souvent gérées. Et nous avons rappelé le rôle joué par le président Biden dès le début de cette crise. Il a voulu privilégier la diplomatie, le dialogue pour éviter l’escalade. Et justement, c’est cette position qui consiste à privilégier la diplomatie, le dialogue que nous avons rappelé à nos interlocuteurs et qui constitue la position de l’Afrique mais aussi du Congo. Ce que nous n’encourageons pas – c’est la stigmatisation parce qu’avec la stigmatisation il n’ya plus de place au dialogue. Et c’est bien cela qui mène à la radicalisation. Par Alseny Ben Bangoura.   AlloAfricaNews