Cet article est le 3ème de notre série sur la situation politique en Côte d’Ivoire à l’occasion de l’élection présidentielle du 31 octobre 2020.

 

Un pacte Ouattara-Soro?

C’est ce que des partisans de l’ancien chef rebelle Guillaume Soro ont laissé entendre après la brouille entre les deux anciens alliés. Selon ces derniers, c’est grâce à Mr. Soro et à la rébellion qu’il dirigeait que M. Ouattara est arrivé au pouvoir. Par conséquent, M. Ouattara avait promis à M. Soro qu’il lui cèderait le fauteuil présidentiel après ses deux mandats passés à la tète de l’Etat. Ce que nie vigoureusement M. Ouattara qui objecte avec sarcasme:

«Comment quelqu’un qui pouvait à peine manier un revolver peut prétendre m’avoir donné le pouvoir?».

Bien que M. Soro fut désigné premier ministre dès l’accession de M. Ouattara au pouvoir, et plus tard élu comme président de l’Assemblée nationale, il n’y a aucune preuve qu’il y avait un tel deal entre les deux hommes. Ce qui est sur, c’est que la réforme constitutionnelle de 2016 a mis mal à l’aise l’ancien patron des Forces Nouvelles qui, en tant que président de l’Assemblée Nationale, se voyait de facto comme le successeur incontesté du président Ouattara.

Il faut dire que dans la constitution de 2000, le président de l’Assemblée Nationale est le successeur désigné du chef de l’Etat en cas de vacance de pouvoir. Mais dans la constitution de 2016 négociée avec les différents alliés du RHDP, ce rôle revenait désormais au Vice-président élu en même temps que le président. Et c’est M. Daniel Kablan Duncan qui fut nommé à ce poste par M. Ouattara. Ce dernier avait nommé son vice-président puisque la réforme constitutionnelle était intervenue après sa réélection en 2015.

Après, le président et le vice-président formaient un ticket et devaient être élus ensemble. Mais on a vu que la réforme constitutionnelle du 17 Mars 2020 avait mis fin à cette disposition et laissait libre cours au président de nommer son vice-président. Tout compte fait, M. Soro a vu tous ces changements d’un très mauvais œil et a dû se sentir marginalisé.

De l’avis de nombreux observateurs, son mécontentement se lisait parfois sur son visage. Et quelques esprits «mal intentionnés» ont vite fait de voir sa main derrière les mutineries de soldats qui secouèrent à cette époque la capitale abidjanaise. Des armes auraient été même découvertes chez l’un de ses proches collaborateurs. Sans compter que son nom avait été cité dans la tentative de coup d’état au Burkina Faso après la chute de Blaise Compaoré. Malgré que le président Ouattara ait tenté à plusieurs reprises de garder son jeune et volubile allié dans les rangs, le divorce politique entre les deux hommes n’était plus qu’une question de temps. AlloAfricaNews

Cette série se poursuivra le vendredi avec à l’affiche la question de 3ème Mandat et le revirement de M. Ouattara.