Suite de notre série sur la situation politique en Côte d’Ivoire à l’occasion de l’élection présidentielle du 31 octobre 2020. Dans cet article nous examinons le 3ème Mandat et le revirement du président Ouattara.

On a vu que l’adoption de la constitution de 2016 a fait entrer la Côte d’Ivoire dans la troisième république et qu’aucune disposition constitutionnelle n’interdisait à M. Ouattara d’être candidat à l’élection présidentielle vu que la loi n’est pas rétroactive. M. Bédié et tous les opposants qui avaient voté pour l’adoption de la nouvelle constitutionnelle n’ont pas daigné prendre des précautions utiles pour verrouiller les articles consacrant l’intangibilité de la limitation des mandats. Plutôt préoccupés à se tailler une constitution sur mesure, ils ont laissé la probable candidature de Ouattara à sa seule discrétion.

La position de ce dernier était sans ambiguïté et il était prêt à passer la main à la nouvelle génération. Et il n’a pas arrêté de prêcher raison à tous ces anciens ténors qui ont fait semblant de le suivre dans cette voie. Tous donc misaient sur le fait que M. Ouattara avait bel et bien l’intention de se retirer.

Ce n’est pas sans surprise donc que le président ivoirien désigne son premier ministre Amadou Gon Coulibaly comme le candidat du RHDP à l’élection présidentielle du 31 Octobre 2020. La décision fut saluée à travers le monde et des messages de félicitations et de soutien affluèrent de partout. Mais le 8 juillet 2020, l’annonce de la mort de Gon Coulibaly retentit comme une déflagration. A quelques trois mois de la présidentielle, le RHDP se retrouve sans candidat. Devant l’impossibilité de préparer un autre candidat en si peu de temps, le président Ouattara fait volte face et revient sur sa décision initiale: il sera candidat à l’élection présidentielle du 31 Octobre et cite un cas de force majeure pour son revirement. Mais les mauvaises langues lui font un procès d’intention. On l’accuse d’avoir bien préparé son coup et qu’il n’avait aucunement l’intention de quitter le pouvoir. On raconte partout qu’il savait que son premier ministre était maladif et qu’il ne pourrait pas supporter les rigueurs d’une campagne électorale.

Malgré tout ce dérapage verbal, l’enchevêtrement des événements aux conséquences imprévisibles donne raison au président Ouattara. D’abord comment peut-on prévoir ou miser sur la mort naturelle d’un être humain? M. Gon Coulibaly avait subi une opération du cœur en 2012 et depuis il s’était remis et travaillait normalement. Il a participé à plusieurs activités et fait campagne pour les législatives et la présidentielle de 2015. Il était bien loin d’être un mourant, ou une personne en sursis. Ses apparitions publiques et télévisées le montraient en grande forme. Seulement voilà, M. Gon Coulibaly avait été exposé au Coronavirus et s’était mis en quarantaine. Il est fort possible que ce soit le Coronavirus qui l’ait affaibli davantage et qui a nécessité son évacuation médicale en France. Quelques jours après son retour, il a fait une rechute qui a mis fin à ses jours.

Même si la Covid-19 n’est pas la cause directe de sa mort, elle a certainement contribué à l’affaiblir. Et qui dans ce monde pouvait prévoir l’apparition de cette pandémie de Covid-19 qui a fait tant de victimes? M. Ouattara, même avec tout son savoir-faire, n’aurait pu prédire un tel scenario.

Après tout cela, les détracteurs du président ivoirien avancent l’argument selon lequel il aurait pu choisir un nouveau candidat au sein du RHDP pour prendre la place de Gon . Malheureusement tous ceux qui tiennent un tel langage ne connaissent pas bien les méandres de la politique ivoirienne. Pour plusieurs raisons, ce n’était pas une solution envisageable. D’abord, il est très difficile de préparer un candidat à une élection présidentielle à seulement trois mois du scrutin.

On ne va pas à une élection présidentielle comme si on allait à un concours de danse. Ensuite comment faire pour trouver un candidat consensuel sans courir le risque de faire imploser le Parti. Même le choix de Gon Coulibaly avait crée beaucoup de remous et fait des mécontents dont entre autres M. Guillaume Soro. Si M. Ouattara a pu finalement faire valider la candidature de M. Gon Coulibaly, c’est parce que ce dernier était reconnu comme étant un cadre très compétent et qui avait une grande maitrise des dossiers. Imaginez maintenant qu’il eut choisi un autre responsable pour porter les couleurs du Parti après le décès inattendu de Gon Coulibaly! Cela aurait crée des acrimonies et divisions telles que le Parti risquait d’aller aux élections en ordre dispersé. Le seul nom autour duquel il y avait unanimité était bien celui d’Alassane Ouattara qui a donc décidé de reprendre le flambeau pour conduire le RHDP aux élections, face à son vieil ami et adversaire Henri Konan Bédié, candidat du PDCI. Les choses auraient été bien différentes si ce dernier avait accepté l’offre de M. Ouattara pour que tous les deux se retirent au profit d’une nouvelle génération. Mais hélas!

Des candidats recalés

L’opposition accuse aussi le pouvoir d’avoir délibérément recalé ses adversaires les plus sérieux; Laurent Gbagbo, Guillaume Soro, Mamadou Koulibaly et bien d’autres. Au total, il faut noter qu’il y avait 44 candidatures à l’élection présidentielle. Sur les 44, seuls 4 candidats ont été retenus par le Conseil constitutionnel: M. Henri Konan Bédié du PDCI, M. Affi N’Guessan du FPI, M. Kouadio Konan Bertin candidat indépendant et M. Alassane Ouattara du RHDP. A l’exception de M. Gbagbo et M. Soro, tous ceux qui ont été recalés, l’ont été parce que leur dossier était incomplet. Soit ils n’ont pas versé la caution requise de 50 millions de francs, soit ils n’avaient pas obtenu le parrainage d’un percent de l’électorat comme exigé par la loi électorale.

Il faut rappeler que le parrainage est un système de filtrage introduit par la réforme constitutionnelle de Mars 2020 pour éviter des candidatures trop nombreuses et d’écarter les candidatures «fantaisistes» ou de «témoignage» ayant pour objectif de faire connaître une personnalité ou les intérêts catégoriels qu’elle défend. Certains candidats ont attendu trop longtemps avant de se mettre à la tâche et n’ont pu obtenir à temps un nombre suffisant de signatures. D’autres comme Mamadou Koulibaly du parti Lider ont obtenu des signatures de personnes ayant déjà parrainé d’autres candidats. Et comme le double parrainage n’est pas permis, un nombre significatif de ses signatures a été invalidé. Sa candidature a donc été rejetée.

Comment peut-on dans ces cas de figure blâmer le président Ouattara pour le manque de diligence des candidats qui ont trainé les pieds pour sécuriser les signatures de parrainage ou les fonds nécessaires pour la caution?

Parmi les leaders politiques majeurs, seuls l’ancien président Laurent Gbagbo et M. Guillaume Soro, leader du Parti GPS, se sont vus disqualifiés de la course à la présidentielle. Tous les deux sont sous le coup de poursuites judiciaires lancées contre eux par la justice ivoirienne. Et pour M. Gbagbo, son cas est encore plus compliqué car bien qu’ayant bénéficié d’une liberté provisoire, il est en attente à la CPI d’un jugement en appel. Le Conseil constitutionnel a simplement tenu compte de leur radiation de la liste électorale pour rejeter leurs candidatures. On voit donc que même si M. Ouattara le voulait, la loi appliquée dans toute sa rigueur, n’aurait pas permis à tous ces candidats de se présenter à l’élection présidentielle du 31 Octobre 2020.

A la lumière de tout ce qui précède, on voit bien que les tensions politiques en Côte d’Ivoire relèvent plus de l’inconsistance et du manque de diligence de certains acteurs politiques. Beaucoup d’entre eux ont pensé avoir entrainé le président Ouattara dans un marché de dupes tout en ignorant qu’ils regardaient les choses par le mauvais bout de la lorgnette. Ce qui fait que la Constitution qu’ils ont eux-mêmes contribué à mettre en place et qu’ils voulaient taillée sur mesure n’a pu être utilisée à leur seul dessein. Tout simplement parce que le président Alassane Ouattara veillait au grain! Lassina Jacques Saade LJS. 

 

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