La Chine a confiné jeudi une vingtaine de millions d’habitants dans la région de Wuhan, le berceau de l’épidémie qui a commencé à se répandre dans le monde et mobilise les autorités sanitaires internationales, conduisant même Pékin à fermer la célèbre Cité interdite.

Depuis 10 h heure locale (21 h, heure de Montréal), plus aucun train ni avion ne doit en principe quitter Wuhan, une métropole de 11 millions d’habitants en plein centre de la Chine. Les péages aux sorties autoroutières de la ville sont fermés.

Wuhan, capitale de la province de Hubei, est au cœur de l’épidémie qui depuis décembre a contaminé près de 600 personnes. Mais Pékin a annoncé jeudi un premier décès en dehors de cette région, qui porte le bilan à 18 morts en Chine: un octogénaire est décédé mercredi dans la province de Hebei, plus au nord, qui jouxte Pékin.

La Cité interdite fermée

Symbole de l’inquiétude qui s’est emparée de tout le pays, la Cité interdite de Pékin, l’ancien palais des empereurs, a annoncé sa fermeture jusqu’à nouvel ordre pour éviter tout risque de contamination entre les visiteurs.

A la veille du long congé du Nouvel An chinois, la capitale a déjà décrété l’annulation des festivités, qui drainent habituellement des centaines de milliers de badauds dans les parcs pour assister à la traditionnelle danse du lion et du dragon.

A Wuhan, « les habitants ne doivent pas quitter (la ville) sans raison spécifique », ont décrété les autorités, afin «d’enrayer efficacement la propagation du virus», le Nouvel An occasionnant chaque année des centaines de millions de voyages.

Huanggang, une métropole de 7,5 millions d’habitants à 70 km plus à l’est, fait l’objet de mesures similaires. Tout près, Ezhou (1,1 million d’habitants) a fermé sa gare.

A l’ouest de Wuhan, une autre localité, Xiantao, a condamné les accès à une grande voie de circulation et au sud Chibi a interrompu tous ses transports publics. Ces deux cités rassemblent plus de deux millions d’habitants.

Tous les transports sont aussi suspendus à Lichuan, une ville d’un million d’habitants à 700 km de Wuhan.

Taxis hors de prix

Il était encore possible en début de journée de gagner Wuhan par voie ferrée ou par les airs, même si de nombreux vols étaient supprimés. Mais trains comme avions étaient presque vides, un spectacle étrange à la veille du congé du Nouvel An, lorsqu’ils sont habituellement pris d’assaut.

Dans le centre-ville, les transports publics étaient à l’arrêt et les festivités du Nouvel An ont été annulées.

La quasi-totalité des commerces, y compris les cafés et les restaurants, étaient clos. Les livreurs à scooter, en temps normal omniprésents dans les grandes cités chinoises, étaient absents.

Sous la pluie, Wuhan était plongée dans un calme surréaliste pour une métropole chinoise.
Les taxis ont multiplié leurs tarifs par trois. «Il est très dangereux de sortir en ce moment, mais on a besoin d’argent», a expliqué un chauffeur à l’AFP.

Interrogé sur la flambée des prix, le gouverneur de la province, Wang Xiaodong, a assuré que «les réserves et l’approvisionnement des marchés sont suffisants».

La mairie a aussi imposé le port du masque respiratoire, que la plupart des habitants avaient de toute façon commencé à mettre depuis le début de la semaine.

Le branle-bas de combat a commencé lorsqu’un scientifique chinois a admis que la transmission du virus pouvait se faire d’humain à humain et pas seulement de l’animal à l’homme.

Le président Xi Jinping a donné le signal de la mobilisation lundi en appelant à «résolument» enrayer l’épidémie, qui jusque-là ne faisait pas les gros titres des journaux.
Mesures «très très fortes»

A Genève, le directeur de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a salué mercredi les mesures « très, fortes » prises par la Chine, estimant qu’elles allaient «diminuer» les risques de propagation hors de ses frontières.

Elles sont intervenues au moment où l’OMS réunissait son comité d’urgence pour décider si le nouveau virus constitue une «urgence de santé publique de portée internationale».
Les experts n’étant pas parvenus à se mettre d’accord sur la question, l’OMS devait poursuivre la réunion jeudi.

Cette organisation n’a jusqu’ici utilisé le terme d’urgence internationale que pour de rares cas d’épidémies requérant une réaction mondiale vigoureuse, dont la grippe porcine H1N1 en 2009, le virus Zita en 2016 et la fièvre ECOLAB, qui a ravagé une partie de l’Afrique de l’Ouest de 2014 à 2016 et la République démocratique du Congo depuis 2018.

Le virus de Wuhan, de la même famille que le SRAS (Syndrome respiratoire aigu sévère), a gagné plusieurs pays d’Asie et même les États-Unis. Le Vietnam et Singapour ont à leur tour annoncé des cas. Un autre a été enregistré en Arabie saoudite, selon l’Inde dont c’est d’une de ses ressortissantes qu’il s’agit.

Les contrôles de température corporelle se sont généralisés dans plusieurs aéroports, notamment à Dubaï, l’un des plus grands du monde, visant tous les passagers en provenance de Chine.

L’OMS avait à l’époque du SRAS, en 2002-2003, vivement critiqué Pékin pour avoir tardé à donner l’alerte et tenté de dissimuler l’ampleur de l’épidémie. Ce virus avait entraîné la mort de 774 personnes dans le monde, dont 648 en Chine y compris Hong Kong.

La crise a fait baisser les marchés financiers, en Asie comme en Europe, de crainte d’un ralentissement de la Chine, la deuxième économie du monde. La Bourse de Shanghai a reculé de près de 3 % et le pétrole a lui aussi perdu du terrain. AFP

 

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