La France confirme son statut de pays d’asile en Europe avec une nouvelle augmentation de 7 % des demandes déposées en 2019 sur le territoire, où se replient des migrants déboutés dans les États voisins malgré une politique dissuasive assumée.

Avec 132 614 dossiers enregistrés à l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), selon les statistiques publiées mardi par le ministère de l’Intérieur, cette hausse de 7,3 % est la quatrième consécutive depuis la crise migratoire de 2015.

Elle s’accompagne d’une augmentation significative de 9,5 % du nombre de personnes ayant obtenu l’asile, avec 36 512 dossiers acceptés contre 33 330 l’année précédente.
Le niveau de la demande d’asile est donc le plus élevé depuis 2015, lorsque la France n’enregistrait que 80 000 demandes, contre 890 000 en Allemagne.

La France, pays de repli des migrants

Si les courbes de ces deux pays se rejoignent aujourd’hui alors que les « flux irréguliers entrant en Europe ont beaucoup baissé », c’est « en raison des mouvements secondaires » qui font de la France un « pays de rebond » pour des personnes ayant fait une première demande d’asile dans un autre pays européen, explique-t-on au ministère de l’Intérieur.

L’Afghanistan, dont les ressortissants se sont massivement tournés vers l’Allemagne au plus fort de la crise, reste le premier pays d’origine des demandeurs d’asile en France en 2019, avec 9163 demandes, devant la Guinée (6027).

La Géorgie (5780) et l’Albanie (5599), en troisième et quatrième position, sont deux pays classés « sûrs » qui continuent de représenter une « anomalie », souligne également le ministère de l’Intérieur.

La demande en provenance de ces pays a toutefois « nettement fléchi en fin d’année », a indiqué à l’AFP le directeur général de l’Ofpra, Julien Boucher, expliquant que les discussions bilatérales du ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, qui s’est rendu notamment en Géorgie, ont pu jouer un rôle. Ainsi que les « procédures accélérées » mises en place par l’Ofpra pour traiter au plus vite ces demandes qui engorgent le système.

Aux 132 614 dossiers déposés, il convient d’ajouter les 39 630 personnes ayant déposé une demande d’asile en préfecture et relevant de la procédure dite de Dublin, qui concerne les personnes dont la demande relève du premier pays d’entrée en Europe.

La part des ces demandeurs a diminué « au cours de l’année, à mettre au crédit de notre action volontariste pour augmenter les transferts, qui ont progressé de 51 % », s’est félicité le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner dans un communiqué.

Inversion de la courbe?

Après des années de hausse, les demandes d’asile pourraient désormais commencer à décroître, estime-t-on au ministère: «En Europe, c’est la demande latino-américaine qui augmente le plus, ce qui fait que l’Espagne est désormais quasiment au même niveau que la France et que l’Allemagne. Avec essentiellement des demandes vénézuéliennes ou colombiennes, qu’on ne voit pas du tout en France».

C’est la volonté du gouvernement qui, pour renverser la tendance déjà observée en 2018 (+22 % de demandes), avait proposé fin novembre plusieurs mesures dans le cadre de son plan immigration.

Un mois après un débat parlementaire voulu par Emmanuel Macron et au cœur duquel figurait la demande d’asile, le gouvernement, pour rendre le pays moins attractif, avait notamment proposé d’accélérer le traitement de ces demandes, d’instaurer un délai de carence de trois mois dans l’accès à la Sécurité sociale de base pour les demandeurs d’asile ou encore de prendre des mesures d’éloignement dès le refus du dossier à l’Ofpra, sans attendre l’étude d’un éventuel recours.

Le total des expulsions d’étrangers en situation irrégulière a d’ailleurs augmenté de 19 % en 2019, avec 23 746 éloignements, s’est félicité le ministère mardi, expliquant que le niveau d’expulsion hors de l’UE des étrangers non européens avait même atteint un record depuis 2010.

«Au cours de l’année écoulée, nous avons […] amplifié nos efforts pour faire effectivement respecter les décisions d’éloignement», a souligné M. Castaner, précisant que la progression des éloignements forcés est «proche de 50 % par rapport à 2016»
Pour lui, «les chiffres de l’immigration […] traduisent les effets de l’engagement fort du gouvernement pour garantir une politique d’immigration, d’asile et d’intégration équilibrée, cohérente et ambitieuse». AFP

 

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