Le président Alpha Condé en septembre 2019 à Washington. AlloAfricaNews

La nouvelle Constitution guinéenne adoptée dans le sang par un référendum contesté le 22 mars 2020 a été falsifiée dans sa version finale publiée au Journal Officiel de la République le 14 Avril dernier, selon des juristes guinéens qui ont examnié récemment les deux versions du document.

Lors d’une émission de “Grandes Gueles” le jeudi 28 mai 2020, l’un de ces juristes, Maitre Pepe Koulémou, a tiré la sonnette d’alarme en révélant qu’un nombre important d’articles ont été substantiellement modifiés au goût du dirigent guinéen Alpha Condé, qui se veut désormais un candidat irrésistible à la présidence à vie.

“Le Projet de Constitution rendu public le 19 Décembre 2019 par le Président de la République comptait 18 titres et 161 articles. Cependant, le texte de la Constitution publié par le Journal Officiel de la République le 14 Avril 2020 comporte 19 titres et 156 articles”, a écrit sur sa page GuiLaw, un site de diffusion et d’accès au droit guinéen, consulté par AlloAfricaNews.

Ces experts indiquent que nombreux articles ont connu une modification substantielle y compris les articles 4, 30, 42, 43, 47, 59, 76, 77, 83, 84, 91, et 92. Ils pointent du doigt notamment à l’article 42 qui a été puremenet et simplement suprimé de la version publiée au Journal Officiel. Il s’agit là d’une importante disposition qui garantissait la candidature libre à l’élection présidentielle, sans appartenir à aucune formation politique. A cause de l’article 42, certains guinéens affirment avoir voté pour la nouvelle constitution.

Tout en exprimant sa profonde préoccupation, le barreau de Conakry démarche actuellement pour obtenir des explications sur cette fraude constitutionnelle, sans avoir pour l’instant, aucune réaction de la part du pouvoir guinéen. Mais si ces accusations de fraude se confirment, Alpha Condé vient de donner une nouvelle arme à ses détractaires que sa mainère de faire est totalement illégale, c’est du moins l’avis d’un ancien diplomate guinéen.

“Depuis son accession au pouvoir en 2010, Alpha Condé a constamment violé la constitution. Une seule violation déjà est un acte de haute trahison, une parjure. Cette fois – c’est le bouquet”, a t-il dit, en ajoutant que “même Bokassa, Mobutu ou autres dictateurs du passé ne se sont permis une telle forfaiture.”

De sources bien informées, le dirigeant guinéen devait annoncer, cet été, sa candidature pour un 3ème mandat que la constitution qu’il vient de remplacer lui interdit, alors que le scrutin présidentiel est censé se tenir en octobre. Un scrutin qui pourrait être repoussé, selon plusieurs hypothèses.

Autrefois figure politique de premier plan en Afrique, les ambitions du président Condé de s’accrocher au pouvoir l’ont transformé en paria. Alsény Ben Bangoura

 

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