Le feuilleton de l’impasse politique en Guinée Bissau s’est poursuivi en marge du 33e Sommet de l’Union Africaine (UA) à Addis-Abeba.

Les Chefs d’Etat et de gouvernement de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (Cedeao), réunis à huis clos hier dimanche dans la capitale éthiopienne, se sont penchés sur la confusion au sommet de l’Etat bissau-guinéen, jusque-là sans président.

A la suite du second tour de la présidentielle du 29 décembre dernier, la Commission Nationale Electorale (CNE) a déclaré Umaro Sissoko Embalo, du Madem G-15, vainqueur du scrutin avec 53,55% des suffrages valablement exprimés devant son rival Domingos Simoes Pereira crédité de 46,45%.

Quand le camp de Pereira a rejeté ces résultats et déposé un recours auprès de la Cour Suprême, une équipe de médiation composée du président de la Commission de la Cedeao, du ministre nigérian des Affaires étrangères et du vice-président de la Guinée avait convenu avec la CNE d’un recomptage des voix.

Malgré cette nouvelle opération, l’organe électoral a maintenu le verdict des urnes et réitéré la victoire du candidat du Madem.

Actuellement, le sort d’Embalo reste entre les mains de la Cour Suprême qui doit vider ce contentieux électoral pour éviter de plonger le pays dans une nouvelle crise politique.
Selon une source très introduite ayant assisté à la réunion à huis clos, la Cedeao a donné à la Cour Suprême de la Guinée Bissau un «délai de six jours» pour proclamer définitivement le vainqueur de la présidentielle.

Cette réunion ad hoc a été présidée par le chef de l’Etat nigérien Mouhamadou Issoufou en sa qualité de président en exercice de la Cedeao, en présence du président de la Commission de l’institution régionale, Jean-Claude Kassi Broua et du Premier ministre bissau-guinéen, Aristide Gomes.

Même s’il se dit «président élu de la Guinée Bissau» mais pas encore reconnu comme tel d’abord par la Cedeao, Embalo est venu à Addis-Abeba pour participer au Sommet de l’UA.
Cependant, «son forcing n’a pas marché puisqu’il n’a pas été admis dans la salle des chefs d’Etat et de gouvernement dimanche à l’ouverture du Sommet », nous souffle la source.
Lors de la réunion, deux camps se sont dessinés : ceux qui soutiennent Embalo comme président et ceux qui disent attendre la décision finale de la Cour Suprême.

Le président sénégalais Macky Sall a plaidé pour la validation des résultats proclamés par la CNE et donc la reconnaissance d’Embalo comme président élu de la Guinée-Bissau.

En comparant la Guinée Bissau à la Gambie de Yaya Jammeh, Macky Sall estime qu’un nouvel épisode politico-électoral ne fera que replonger Bissau dans une nouvelle crise.
Pour le chef de l’Etat sénégalais, poursuit la source, «il n’y a jamais eu de réunion de la Cedeao sans qu’on ne parle de la crise en Guinée Bissau».

Par contre, son homologue guinéen, Alpha Condé dont la « relation de bon voisinage » avec Embalo se détériore davantage, réplique par un «non catégorique» à l’encontre des «pourfendeurs» de la Cour Suprême bissau-guinéenne.

Comparaison n’est pas raison, dira Condé à propos de la Guinée Bissau et de la Gambie. Pour le premier, la CNE a donné les résultats alors qu’à Banjul, Jammeh avait refusé de reconnaître la victoire d’Adama Barrow validée par la Cour Suprême.

Si le forcing d’Embalo passe, «n’importe quel président pourra se lever et se dire élu par la Commission électorale de son pays sans attendre la validation de la Cour Suprême».

La vice-présidente de la Gambie, Isatou Touray représentant son président absent du Sommet, aurait d’une voix amère, rappelé le rôle de l’institution régionale et du président sénégalais dans la résolution de la crise politico-électorale en 2016 dans son pays. Même si elle a n’a pas explicitement affiché son soutien à l’un ou l’autre camp en Guinée Bissau, elle plaide pour une «région stable, sans conflit».

Alors que le tour de table se poursuit, le Premier ministre bissau-guinéen, Aristide Gomes, reconnu par la Cedeao depuis sa nomination en novembre 2019, donne sa version «sans langue de bois».

«Je suis membre du PAIGC (de Domingos Simoes Pereira), mais ici je représente mon pays et non mon parti. Vous ne comprenez pas, peut-être, les dispositions de notre Constitution. Si la Guinée Bissau est un petit pays, respectez au moins notre Constitution. Je ne suis pas obsédé par le poste de Premier ministre», rapporte notre source.

Une réplique «rebelle» du Premier ministre qui aurait été expulsé de la salle sur instruction du président de la Commission de la Cedeao, n’eût été l’intervention du président ivoirien Alassane Ouattara qui le considère comme «représentant légitime de son pays».
D’ici le 15 février, fin du délai fixé par la Cedeao, la Cour Suprême devra examiner tous les recours pour enfin trancher. APA

 

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