A une semaine d’une élection présidentielle contestée qu’il pourrait perdre, le dirigeant guinéen Alpha Condé continue de semer la haine et la division parmi les guinéens. Ce dimanche ses partisans, arborant des Tshirts du RPG-arc-ciel, ont bloqué l’entrée, à Kankan, de l’équipe de campagne de son principal challenger Cellou Dalein Diallo. Celui-ci devait se rendre dans cette préfecture de la Haute Guinée pour s’adresser à ses nombreux sympathisans.

«Mon cortège en route pour Kankan a été bloqué à Tokounou par des jeunes du RPG envoyés de Kankan. Ces jeunes avaient barré la route avec des troncs d’arbres et un véhicule placé en travers et ont sommé mon cortège de rebrousser chemin et d’aller faire campagne au Foutah”, a réagi sur sa page Facebook le leader de l’UFDG.

Nombreux des supporters du RPG étaient habillés en tenue militaire et portaient des Kalashnikov, selon un témoin. Pour éviter un bain de sang, M. Dalein Diallo et sa suite ont dû rebourser chemin. De sources concordantes, des boutiques et des maisons appartenant aux peuls ont été attaquées dans la ville de Kankan où la tension restait vive.

La direction de campagne du RPG a vite condamné cet acte mais, selon une source bien informée à Sèkhoutouréya, l’idée d’empêcher M. Dalein Diallo de mener une campagne ouverte à Kankan en particulier et en Haute Guinée en général, aurait été dictée par Alpha Condé lui même lors d’une réunion restreinte.

«C’est lui qui a instruit ses ministres, notamment le ministre de la défense Mohamed Diané, et celui de l’administration du territoire, Boureima Condé, de tout mettre en oeuvre pour empêcher M. Dalein Diallo de se rendre à Kankan et d’y tenir un meeting électoral», a déclaré à AlloAfricaNews cette source qui a requis l’anonymat.

«Clairement, lui et ses ministres ont vu la mobilisation que Cellou a pu faire ces dernières semaines à Conakry, à Faranah et dans les préfectures de la Forêt et considérant Kankan comme son principal fief électoral, il ne veut pas se voir humilié là bas», a ajouté cette source.

Des boutiques de vente appartenant à des commerçants peuls vandalisés à Kankan

L’incident de Tokounou intervient alors que la communauté internationale se dite préoccupée par la situation en Guinée marquée par les divisions ethniques.

Dans un communiqué publié cette semaine, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a appelé tous les candidats à s’abstenir d’attiser les divisions ethniques à des fins politiques.

«Les responsables politiques, en particulier les candidats à la prochaine élection présidentielle en Guinée, devraient s’abstenir d’invoquer des affiliations ethniques et d’utiliser un langage provocateur, lesquels pourraient conduire à de la violence, à de la discrimination et à d’autres violations des droits de l’homme», a t-on indiqué.

Selon la Haute-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, citée dans le communiqué, les appels aux affiliations ethniques, en particulier aux ethnies Malinké et Peuhl, ont été de plus en plus répandus et ont créé des divisions pendant la campagne.

«Il y a déjà des signes sérieux d’une augmentation de l’intolérance et des affrontements, notamment parmi des groupes de jeunes, et des médias qui amplifient les messages de haine», a t-elle fait remarquer.

De tels messages sont particulièrement notables dans les camps du RPG et de l’UFDG. En guise d’exemple, le 21 septembre dernier, Alpha Condé lui même avait, dans un message, personnellement lancé une mise en garde aux malinkés.

«Le malinké qui est candidat et qui n’est pas du RPG veut aider Cellou Dallein Diallo. Vous devez le connaitre. Si vous votez pour lui, sachez que vous votez pour Cellou Dallein Diallo. Au Foutah, c’est Cellou seul qui est candidat. Il n’y a pas un autre.»

Depuis, plusieurs de ses représentants en campagne dont le Premier ministre Kassory Fofana n’ont cessé d’amplifier ce message.

Après avoir imposé aux forceps une nouvelle constitution pour lui permettre de rester président à vie, Alpha Condé est en quête d’un troisième mandat vivement contesté par l’opposition qui soutient la constitution de 2010. Une constitution qui limite le mandat présidentiel à deux non renouvelables. L’histoire jugera si Alpha Condé aura été un Mandela de la Guinée comme il avait annoncé à son arrivée au pouvoir en 2010. Alsény Ben Bangoura

 

AlloAfricaNews

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