Bureaux de vote attaqués, matériel électoral incendié, heurts entre forces de l’ordre et opposants: des violences perturbaient dimanche 22 mars en Guinée le référendum constitutionnel et les législatives, boycottés par l’opposition, qui accuse le président, Alpha Condé, de se frayer une voie vers un troisième mandat.

Le vote, prévu de 8 heures à 18 heures (GMT), a commencé à l’heure indiquée dans une école du centre-ville de Conakry, près du palais présidentiel. Mais à Ratoma (banlieue de Conakry), des partisans de l’opposition ont attaqué des gendarmes devant des bureaux de vote dans une école. Une autre école dans la même zone a été attaquée, et le matériel électoral saccagé, en l’absence d’électeurs, selon un journaliste de l’Agence France-Presse (AFP) et des témoins.

Des affrontements sont survenus dans des banlieues ou quartiers de Conakry comme Cosa, Hamdallaye, Dar-es-salam et Lambanyi, où des jeunes de l’opposition ont attaqué les policiers et les gendarmes sécurisant le vote. Les forces de l’ordre, caillassées, pourchassaient ces jeunes et lançaient contre eux des grenades lacrymogènes, des tirs ont été entendus. Un jeune homme de 28 ans a été tué et plusieurs personnes blessées par balle dimanche à Conakry, selon ses proches et l’opposition.

Des troubles ont également eu lieu à Mamou (centre), à Boké (ouest) et à N’Zérékoré (sud-est), selon des témoins. Du matériel électoral a également été détruit dans des localités comme Kobéla (sud), Dinguiraye (nord) et Konah (nord), selon d’autres témoins. Joints dimanche par l’AFP, des responsables de l’administration territoriale n’ont pas réagi.

Selon le Front national pour la défense de la constitution dix personnes ont été tuées. Le gouvernement pour sa part annonce quatre morts.

Le référendum constitutionnel et les législatives avaient été reportés à la dernière minute il y a trois semaines dans un climat de vives tensions. C’est surtout la Constitution qui déchaîne les passions. Depuis la mi-octobre, des dizaines, voire des centaines, de milliers de Guinéens sont descendus dans la rue contre l’intention prêtée à M. Condé d’essayer de se succéder à lui-même à la fin de 2020. Au moins 31 civils et un gendarme ont été tués. Des dizaines d’opposants ont été arrêtés et jugés. Les brutalités policières sont constamment dénoncées.

M. Condé, 82 ans, a été élu en 2010 et réélu en 2015. L’actuelle Constitution limite à deux le nombre de mandats, la nouvelle que propose M. Condé également. Mais, selon ses opposants, elle lui permettrait de remettre son compteur à zéro.

M. Condé assure qu’il s’agit de doter son pays d’une Constitution «moderne». Elle codifierait l’égalité des sexes, interdirait l’excision et le mariage des mineurs. Elle veillerait à une plus juste répartition des richesses en faveur des jeunes et des pauvres. Mais M. Condé entretient le flou sur sa volonté de briguer un troisième mandat.

Crédibilité du vote en question

Les remises en cause internationales quant à la crédibilité du vote se sont succédé, étayées par la présence sur les listes électorales de 2,5 millions de noms douteux, soit le tiers du fichier.

Les recommandations des organisations internationales sur le fichier ont été «intégralement prises en compte», a affirmé le président Condé dans un discours publié samedi sur la page Facebook de la présidence guinéenne, promettant des scrutins «transparents».

«On n’a aucune preuve que cette opération (de nettoyage du fichier) a été effectuée», a souligné à l’AFP le principal opposant, Cellou Dalein Diallo. L’opposition avait promis de boycotter le vote et d’en empêcher la tenue. La persistance depuis plusieurs semaines des troubles n’a pas dissuadé le gouvernement d’organiser les scrutins, pas même l’apparition récente du coronavirus. AFP

 

AlloAfricaNews