Après plusieurs jours à l’étranger, le président guinéen Alpha Condé a regagné le pays ce jeudi 31 octobre 2019, a t-on constaté sur place dans la capitale guinéenne.

Dans un apparent élan visant à défier le Front National pour la Défense de la Constitution (FNDC), qui avait organisé le 24 octobre dernier une impressionnante manifestation contre son projet de 3ème mandat, le gouvernement a fermé tous les services publics du pays y compris des établissements scolaires et universitaires ainsi que des hôpitaux afin de lui reserver un accueil chaleureux et enthousiaste.

Pour y arriver, des milliards de francs guinéens ont été distribués aux citoyens dans la capitale et à l’intérieur du pays pour faire la messe de l’aéroport au Palais du Peuple à Conakry.

Selon Malick Sankon, membre du Bureau politique du RPG/Arc-en-ciel (parti au pouvoir), le but de cette manifestation vise à démontrer la légitimité du président Condé.

Mais un président déjà en exercice a t-il besoin de se justifier de cette manière?

“Il faut se sentir vraiment contesté pour se livrer à une telle manoeuvre”, a déclaré pour sa part un membre du FNDC.

“C’est une situation qu’on ne voit pas même en Corée du Nord”, a déploré un observateur occidental dans la capitale guinéenne pour qui le chef de l’Etat guinéen est entrain de montrer au monde la face d’un “dictateur qui est prêt à sacrifier son pays pour son intérêt personnel.”

Le président guinéen rentre d’un périple qui l’avait conduit en Russie, en Turquie et en France.

Désavoué par la CEDEAO et récadré par Paris et Washington, M. Condé aurait profité de ses visites à Sotchi et à Ankara pour demander l’appui politique et diplomatique de ses homologues russe et turc au moment où il tente de prolonger sa présidence, selon des analystes. Ces deux pays ont des intérêts économiques importants en Guinée.

M. Alpha Condé, 81 ans, devrait quitter le pouvoir en décembre 2020 au terme de deux mandats non renouvelables. Mais depuis un certain moment, il cherche désespérément à introduire une nouvelle constitution qui lui permettrait de rester au pouvoir à vie. Une perspective à laquelle une grande majorité de l’opinion publique guinéenne serait opposée.

A son arrivée à Conakry, le président Condé n’a fait aucune déclaration, contrairement à l’attente selon laquelle il se serait adressé à ses sympatisans lors du rassemblement au Palais du Peuple, point culminant de son itinéraire.

Une manifestation d’envergure organisée par l’opposition le 24 octobre dernier contre le projet de 3ème mandat s’était soldée par la mort d’au moins 15 personnes, selon des sources concordantes. Les victimes de ces tueries sont âgées de 16 à 24 ans et sont tous  des peulhs.

Les autorités avaient promis de remettre ce mercredi dix corps aux parents des victimes. Mais à la dernière minute le gouvernement a décliné, citant des examens d’auptosie qui n’auraient pas encore été conclus.

Mais selon une source proche du FNDC, le gouvernement a pris cette décision pour éviter la marche funèbre qui était annoncée pour ce jeudi par les responsables du mouvement. Une situation qui aurait perturbé la manifestation prévue dans le cadre de l’arrivée du président.

Une vingtaine d’autres personnes ont été blessées lors de la manifestation du 24 octobre qui était également émaillée de plusieurs arrestations dans le pays. Parmi les personnes interpellées figurent des principaux responsables du FNDC dont le président du mouvement Abdourahmane Sanoh. Ces détenus purgent actuellement des peines allant de six mois à un an de prison, après un procès de farce dans un tribunal de Conakry. Alsény Ben Bangoura.

 

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