Kerfalla Yansané, ambassadeur de la République de Guinée aux Etats-Unis

Une photo pour sceller la signature d’un accord minier avec US-AID pour la recherche de certains minéraux, une visite à Pittsburgh, un voyage à Houston concernant une réunion d’affaires, des entretiens avec l’ancien président George Bush, le secrétaire d’Etat adjoint aux affaires africaines Tibor Nagy, et le secrétaire d’Etat, Mike Pompeo, plus plusieurs réceptions, résument ce qui était supposé être une offensive de charme du président guinéen Alpha Condé aux Etats-Unis.

Alors que le président et sa suite ont essayé de souligner que ce voyage avait en majeure partie un objectif économique et commercial, ils ont dû faire face à des questions restées sans réponse sur l’avenir du président Condé et la conduite irraisonnable de l’ambassadeur de Guinée à Washington, Kerfalla Yansané. Celle-ci a amené plusieurs membres de la délégation à se plaindre, et a crée des frictions avec un certain nombre de médias.

Les membres de la délégation du président Condé et ses partisans ont accusé l’ambassadeur Yansané de refuser de partager avec eux l’itinéraire du président, de leur fournir des drapeaux et des effigies du président, et de tout faire pour décourager les militants de se mobiliser pour ajouter du panache à la visite. L’ambassadeur Yansané était invisible le jour où le cortège présidentiel est parti pour Pittsburgh, le 9 septembre.

A l’heure pour interviewer le président Alpha Condé, Pan African Visions (PAV) a été écarté à deux reprises. On devait apprendre un peu plus tard que l’ambassadeur n’avait pas apprécié une interview avec le journaliste du site AlloAfricaNews, Ben Bangoura.

A l’origine prévue pour le 9 septembre, l’auteur de cet article a été informé que Ben Bangoura qui l’accompagnait pour l’entretien en tant que photographe ne serait pas autorisé à approcher le président. Les raisons? Aucune ne fut donnée, mais l’on a appris que les instructions étaient de tenir à distance Bangoura de la suite du président. Bien que Ben ait quitté l’hôtel Willard pour éviter un incident, mon interview a été annulée en dépit du fait que j’avais reçu l’autorisation de la sécurité et que l’on m’avait demandé d’attendre dans l’antichambre.

Le jeudi 12 septembre, Pan African Visions a été informé qu’il y avait eu un malentendu maintenant dissipé et que l’interview aurait lieu à 17heures. Une nouvelle fois ce reporter s’est rendu dans la suite présidentielle du Willard où il a été chaleureusement accueilli et a eu de bonnes discussions avec des membres du cabinet et les responsables de la communication. Des copies de PAV ont été distribuées et il a été décidé que l’interview serait en français. Alors que nous attendions, c’est l’ambassadeur Yansané lui-même qui est sorti de la suite présidentielle pour nous annoncer l’annulation de l’entretien sur un ton très déplaisant. Aucune explication ne nous fut donnée pour cette décision.

Que ce soit les élections, la crise d’Ebola, des interviews avec les précédents ambassadeurs guinéens aux Etats-Unis, la première dame Djene Kaba Condé, l’ancien ministre des affaires étrangères, Lounceny Fall, et d’autres, PAV a toujours fourni une couverture significative de la Guinée d’une façon juste et impartiale. Il était donc étonnant de voir ce genre d’autoritarisme de l’ambassadeur Yansané.

Selon certaines sources, M. Kerfalla Yansané était mécontent de l’interview de Ben Bangoura dans le numéro de mai du magazine PAV. Analysant les événements en Guinée, Bangoura, l’un des plus anciens journalistes africains à Washington, DC, s’était fait l’écho des frustrations des Guinéens à la perspective d’un troisième mandat du président Condé. «Ce serait un suicide politique pour le président Condé de même simplement envisager cette possibilité» avait-il écrit.

Il était surréaliste de voir l’ambassadeur Yansané tenter de chasser Ben Bangoura d’une réception organisée pour la délégation guinéenne par un groupe privé. Bien qu’il ait échoué dans ses efforts, son comportement avait même embarrassé les membres du gouvernement qui accompagnaient le président à la réception annuelle des actionnaires de CFA. Son attitude tyrannique avait gêné les organisateurs qui avaient invité Ben Bangoura à couvrir l’événement.


Le journaliste Ben Bangoura, le lundi 23 septembre 2019, au QG de l’ONU à New York.

«Kerfalla Yansané doit comprendre qu’à l’inverse de son pays, les Etats-Unis respectent la liberté d’expression, ainsi que la presse et que personne ne devrait harceler Bangoura à cause de ses opinions», s’est indigné l’un d’eux.

Bien qu’il soit discret sur ses intentions concernant un troisième mandat, la pression sans précédent à laquelle le président Condé doit faire face chez lui l’a suivie tout au long de son séjour inhabituellement long aux Etats-Unis. Il y a eu des manifestations lorsqu’il était à Washington et également lorsqu’il participait à l’Assemblée générale des Nations-Unies.

Après l’audience du président avec le secrétaire d’Etat, Mike Pompeo, le ministère des affaires étrangères américain a déclaré dans un communiqué: «Le secrétaire d’Etat a discuté des élections à venir avec Alpha Condé et rappelé le soutien de longue date des Etats-Unis à une transition du pouvoir normale et démocratique qui débouche sur une plus grande responsabilité, des institutions plus fortes et moins de corruption».

Lors d’une récente interview de PAV avec Christopher Formunyoh, directeur régional pour l’Afrique du National Democratic Institute, a déclaré: «Nombre de Guinéens espèrent voir le jour où un président démocratiquement élu transmettra le pouvoir à son successeur élu de la même façon, quelque chose qui ne s’est jamais produit depuis que le pays a accédé à l’indépendance en 1958».

Salué en Afrique et à travers toute l’Afrique pour son combat historique en faveur de la démocratie et de la liberté, le président Condé est l’une des rares figures de l’opposition à avoir accédé au pouvoir en étant élu démocratiquement lors d’élections. Ce serait un coup sérieux porté à la démocratie, non seulement pour la Guinée mais pour le reste de l’Afrique, si le président Condé, lui tout particulièrement, rejoignait le club de dirigeants qui ont décidé d’ignorer les limites constitutionnelles de leur mandat pour rester au pouvoir.

Ajon Mpdndah, PanafricaVisions 

 

Cet éditorial reflète le point de vue du site d’information AlloAfricaNews