La transition vers un pouvoir civil au Soudan, née de l’accord historique entre les militaires et la contestation, a pris corps mercredi avec l’intronisation du Conseil souverain, qui doit être rapidement suivie de la nomination d’un Premier ministre de consensus.

Le Conseil souverain remplace le “Conseil militaire de transition”, au pouvoir depuis la destitution du président Omar el-Béchir, le 11 avril.

Le Soudan n’est désormais plus exclusivement dirigé par des militaires, pour la première fois en trois décennies, même si l’armée doit dans un premier temps conserver la tête de la nouvelle instance.

Le chef du Conseil militaire sortant, le général Abdel Fattah al-Burhane, a prêté serment comme président du nouveau Conseil souverain peu après 11H00 (09H00 GMT).

Vêtu de son uniforme militaire et coiffé de son habituel béret vert, il a été intronisé lors d’une courte cérémonie, une main sur un exemplaire du Coran et un bâton de maréchal sous le bras. Les autres membres de la nouvelle instance –composée de six civils et cinq militaires– ont prêté serment peu après.

Le Premier ministre choisi par la contestation, Abdallah Hamdok, est arrivé mercredi à Khartoum, à l’issue d’une visite à Addis Abeba, pour son investiture.

La nouvelle phase qui s’ouvre au Soudan va nécessiter des “efforts concertés du peuple pour s’unir et construire un Etat fort”, a-t-il déclaré, appelant à une démocratie pluraliste.

Selon les termes de l’accord officiellement signé samedi, le général Burhane sera aux manettes du Conseil pendant 21 mois et un civil lui succédera pour le reste des 39 mois de transition prévus.

La formation de cette instance survient après des mois de manifestations réclamant un pouvoir civil, sur fond de crise économique.

– Défis intérieurs et extérieurs –

Le chemin reste semé d’embûches.

Le Conseil souverain, qui comprend deux femmes, dont l’une est issue de la minorité chrétienne, devra superviser la formation du gouvernement –une annonce est prévue le 28 août– et d’un Parlement de transition.Il devra aussi tenter de sortir le pays de son isolement sur la scène internationale.

Le Soudan a souffert de dizaines d’années de sanctions américaines. En 2017, l’embargo économique a été levé mais Washington maintient le pays sur la liste noire des “Etats soutenant le terrorisme”.

En outre, l’Union africaine a suspendu le Soudan de l’organisation panafricaine en juin, quelques jours après la dispersion meurtrière d’un sit-in des protestataires à Khartoum.

Selon un comité de médecins proche de la contestation, 127 personnes avaient été tuées le 3 juin lors de cette répression devant le siège de l’armée. Ce bilan atteint plus de 250 morts sur l’ensemble des huit mois de révolte, d’après la même source.

Sur le plan intérieur, les nouvelles autorités auront la lourde tâche de redresser une économie exsangue et de pacifier un pays encore marqué par plusieurs conflits.

L’intronisation du nouveau Conseil a été bien accueillie dans la rue mais des habitants ont averti qu’ils resteront vigilants. AFP

 

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