Le Mali a annoncé, dimanche 15 mai, son retrait du G5 Sahel et de sa force militaire antidjihadiste pour protester contre le refus qui lui est opposé d’assurer la présidence de cette organisation régionale formée avec la Mauritanie, le Tchad, le Burkina Faso et le Niger. «Le gouvernement du Mali décide de se retirer de tous les organes et instances du G5 Sahel, y compris la Force conjointe», indique son communiqué. Le G5 Sahel avait été créé en 2014 et sa force antidjihadiste lancée en 2017.

Le Mali fait depuis le 9 janvier l’objet de sanctions économiques et diplomatiques des Etats ouest-africains, qui reprochent à la junte de vouloir se maintenir au pouvoir encore plusieurs années, après deux putschs en août 2020 puis en mai 2021.

Cette nouvelle décision survient après l’annonce, début mai, par la junte, de la fin du traité de coopération de 2014 avec la France, ainsi que des accords de 2013 et 2020 fixant le cadre juridique de la présence de la force antidjihadiste Barkhane et du regroupement de forces spéciales européennes Takuba, initié par la France.

A l’origine du courroux de Bamako contre le G5 Sahel: la conférence des chefs d’Etats de l’organisation, initialement prévue en février à Bamako, qui devait «consacrer le début de la présidence malienne du G5». Mais «près d’un trimestre après le terme indiqué», cette réunion «ne s’est toujours pas tenue», constate le communiqué des autorités maliennes.

Le gouvernement malien «rejette fermement l’argument d’un Etat membre du G5 Sahel qui avance la situation politique interne nationale pour s’opposer à l’exercice par le Mali de la présidence du G5 Sahel», sans citer cet Etat.

«L’opposition de certains Etats du G5 Sahel à la présidence du Mali est liée aux manœuvres d’un Etat extra-régional visant désespérément à isoler le Mali », poursuit le communiqué, sans nommer non plus cet Etat.

Les relations entre le Mali et les pays européens, à commencer par la France, se sont largement dégradées ces derniers mois. La France et ses alliés accusent la junte de s’être assurée les services de la société de sécurité privée russe Wagner, aux agissements controversés, ce que conteste Bamako.

Inquiétude des Nations unies

Les relations bilatérales avec les pays du G5 Sahel « restent maintenues », a précisé dimanche soir le ministre malien de l’administration territoriale, le colonel Abdoulaye Maiga, sur la télévision publique malienne.

Les cinq pays du G5 Sahel avaient créé en 2014 cette organisation, puis lancé en 2017 sa force militaire, alors que l’étau des djihadistes se resserrait autour de ces Etats, aux armées sous-équipées. Le G5 Sahel était composé d’environ 5 000 militaires. Les coups d’Etat au Mali et au Burkina Faso mettent à mal sa capacité opérationnelle, a récemment estimé le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, dans un rapport remis le 11 mai au Conseil de sécurité.

«Je suis profondément préoccupé par la détérioration rapide de la situation sécuritaire au Sahel, ainsi que par l’effet potentiellement néfaste que la situation politique incertaine au Mali, au Burkina Faso et au-delà aura sur les efforts visant à rendre plus opérationnelle la Force conjointe G5 Sahel», avait-il dit dans ce document.

Le Mali est le théâtre depuis 2012 d’opérations de groupes djihadistes liés à Al-Qaida et à l’organisation Etat islamique, ainsi qu’à des violences de toutes sortes perpétrées par des milices autoproclamées d’autodéfense et des bandits.

Ces violences, parties du nord en 2012, se sont propagées au centre, puis au Burkina Faso et au Niger voisins. Elles ont fait des milliers de morts civils et militaires ainsi que des centaines de milliers de déplacés, malgré le déploiement de forces onusiennes, françaises et africaines.  AFP

 

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