Un Bénin aux accents orweliens? C’est peut-être un signe avant-coureur très révélateur…

En Russie, des organisations liées au critique du Kremlin Alexei Navalny sont désignées comme « terroristes et extrémistes », en Biélorussie, des enquêtes criminelles sont lancées contre les principaux leaders de l’opposition du pays pour cause de terrorisme. Ces accusations empêchent les défenseurs des droits de l’homme de soulever des objections efficaces, permettant ainsi aux régimes autoritaires de réprimer l’opposition sans procédure régulière.

Les nouveaux autocrates africains emprisonnent arbitrairement les leaders de l’opposition sous de fausses accusations de terrorisme et répriment les bastions de l’opposition et les régions favorables à l’opposition sous l’œil vigilant de la communauté internationale tenue à distance au nom du terrorisme.

Malheureusement, en Afrique, le danger de ce mode d’action réside dans le fait qu’il crée un terrain propice au véritable terrorisme. En particulier dans la région de l’Afrique de l’Ouest, où des pays tels que le Burkina Faso, le Cameroun, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Nigeria et le Tchad subissent déjà des attaques terroristes de la part de BOKO HARAM, ISWAP ou ALQAEDA, et où des organisations extrémistes recrutent activement des jeunes dans les populations défavorisées.

Au Bénin par exemple, après avoir réussi l’exploit de s’engager dans le plus sérieux recul démocratique de l’histoire moderne de l’Afrique, Patrice Talon, après l’élection présidentielle exclusive du 11 avril 2021, dans une purge sans précédent de l’opposition du pays applique des pages entières du playbook du terrorisme. Reckya Madougou, la première femme porte-drapeau du plus grand parti d’opposition du Bénin et ancienne ministre de la Justice, a été arrêtée pour  » terrorisme et financement du terrorisme  » ; le professeur Frederick Joel Aivo, constitutionnaliste de renom et candidat de l’opposition, a été arrêté pour des motifs similaires. Des raids au domicile de l’ancien président Boni Yayi, président honoraire du plus grand parti d’opposition du pays, sont régulièrement effectuées par la police politique.

À ce jour, plus de 150 membres de l’opposition ont été arrêtés pour des motifs similaires, sans procédure régulière. La frustration est grande au sein de l’élite politique et des populations de la partie nord du pays, un bastion traditionnel de l’opposition. La région septentrionale, majoritairement musulmane, est régulièrement mise à sac par l’appareil de sécurité du pays. Les jeunes de la région sont massivement arrêtés ou simplement abattus au nom d’une pseudo lutte contre le terrorisme.

La frustration conduit souvent à des comportements agressifs et depuis 2016, l’administration de Patrice Talon a créé de la rancœur et une frustration sans précédent au sein de la population béninoise et plus particulièrement dans la partie nord du pays. En l’espace de quatre ans, suite à des élections exclusives, deux fois, la communauté des chasseurs de la région a pris les armes pour se défendre contre l’armée régulière envoyée pour traquer les membres de l’opposition. Deux fois, la population, dressant des barrages routiers sur les routes principales, a tenté d’isoler la région du reste du pays en réponse à ce qui est perçu comme 4 ans d’exactions du gouvernement et d’atteinte aux droits et libertés démocratiques fondamentaux.

En évitant de respecter les obligations et les engagements en matière de droits de l’homme et pour camoufler le tournant autoritaire du pays, Patrice Talon et son gouvernement ont repris des pages du playbook du terrorisme, sources d’instabilité et de conflit, créant ainsi des conditions de recrutement et un terrain propice au terrorisme. L’auteur de cet article  est un ancien ambassadeur de la République du Benin aux Etats-Unis.

 

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