La troisième édition du Sommet Compact with Africa confirme l’intérêt des grandes puissances économiques pour le continent. Une dizaine de chefs d’États et de gouvernement africains ont été conviés par la chancelière Angela Merkel à cette rencontre tenue mardi et mercredi à Berlin. Analyse.

Afrique-France ou France-Afrique, Chine-Afrique, Inde-Afrique, Japon-Afrique, Iran-Afrique, Turquie-Afrique, Russie-Afrique, Allemagne-Afrique, etc. L’Afrique attire le monde. Le continent, qui semblait, il y a encore peu, tenu en marge des attentions, attire désormais les regards. Même l’Allemagne traditionnellement discrète sur le continent s’y met désormais.

Avec son « Compact with Africa » a, dont la troisième édition a réuni en début de semaine à Berlin la Chancelière Angela Merkel et une dizaine chefs d’Etats et de gouvernements du continent, la première économie d’Europe entend inscrire l’Afrique dans ses priorités internationales.

Les relations entre États étant avant tout une histoire d’intérêts, qu’est-ce que pourrait cacher cet immense regain d’intérêt mondial pour l’Afrique dont le sommet de Berlin n’est que le dernier signe évident?

«C’est une question d’intérêts bien évidemment qui explique cette floraison de sommets. Tous ces pays qui se réunissent avec les chefs d’États africains sont particulièrement attirés par les ressources naturelles du continent. Ils cherchent à bénéficier des meilleures conditions d’accès à ces ressources et si possible de capter des parts de marché pour leurs entreprises en Afrique», explique François Katendi, journaliste spécialisé en économie et directeur du journal panafricain basé à Paris Afrique Expansion.

A regarder les chiffres, le journaliste a bien raison… Avec sa population majoritairement jeune, le continent représente actuellement environ 8 % des réserves de pétrole du monde, 7 % de l’or, 53 % des diamants, 75 % du platine et au moins 60 % des terres arables non cultivées.

Mais les statistiques n’expliquent pas tout.

«La position stratégique joue en faveur de cet intérêt des puissances étrangères, surtout que les pays africains commencent eux-mêmes à s’organiser, renforcer leurs institutions et se doter de règles juridiques pour réguler le commerce,» ajoute l’universitaire marocain, Rachid El Houdaïgui, professeur de relations internationales à l’université de Tanger (Maroc).

Pour ce chercheur au Policy Center of the New South, un think tank à vocation panafricaine basé à Rabat, au Maroc, «l’Afrique se mondialise et ces facteurs ne sont pas à négliger dans cette nouvelle attention que les puissances étrangères accordent au continent».

A propos de la stratégie de Berlin qui a des «objectifs très bien définis», le professeur El Houdaïgui soutient que «les Allemands orientent leur appui financier à tout ce qui concerne l’énergie renouvelable, le renforcement des acteurs décentralisés dans les collectivités territoriales et tout ce qui concerne l’enseignement professionnel».

Mais quel intérêt pour l’Afrique dans tout ça?

«Les Africains doivent faire attention. Ils doivent avoir leur mot à dire et ne pas laisser les Américains et leurs concurrents se comporter en terrain conquis», met en garde El Houdaïgui.

«Il faut, insiste-t-il, que l’Afrique puisse influencer la nature des rapports qu’elle veut avoir avec le reste du monde. Les pays africains ne doivent pas courir et signer des accords de libre-échange sans des études préalables».

Selon le Professeur de relations internationales, l’organisation des Etats africains «n’est pas encore suffisante» pour tirer profit des différents sommets auxquels ils sont souvent conviés.

Il faut, estime l’expert marocain, que les Africains développent « un esprit du corps selon l’expression du penseur médiéval tunisien Ibn Khaldoun » qui empêcherait les grandes puissances et les grandes firmes multinationales d’intervenir «avec l’esprit de celui qui est en terrain conquis».

Pour cela, le professeur Rachid El Houdaïgui suggère aux Africains de se doter de règles juridiques pour se protéger.

«Ce qui fait défaut en Afrique et sur lequel, les pays africains peuvent orienter leur coopération avec le reste du monde, c’est le renforcement des capacités institutionnelles dans divers domaines comme l’appropriation de l’espace maritime, la lutte contre la piraterie et le terrorisme», conclut-il.

Déjà 12 pays africains ont adhéré à l’initiative Compact with Africa. Il s’agit du Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Egypte, Ethiopie, Ghana, Guinée, Maroc, Rwanda, Sénégal, Togo et la Tunisie. APA

 

AlloAfricaNews

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