Il y a quelque temps j’avais publié un article intitulé ‘ La Guinée, victime de son système politique’ dans lequel je soutenais la thèse selon laquelle le régime présidentiel fort était responsable en grande partie de tous les maux dont souffrait notre cher pays: violences politiques, corruption, ethnocentrisme, clientélisme et fraudes électorales.

J’avais argumente en rappelant que ce système avait progressivement pris cours en Guinée à l’époque de la première république lorsque le président Sékou Toure, contre l’avis de plusieurs membres du comité central du PDG, avait décidé de consolider entre ses mains tous les pouvoirs de la république. Ce fut le fameux incident du Congrès de Foulaya et pour ceux qui étaient assez âgés pour s’en rappeler ce fut l’époque où les photos de Saifoulaye Diallo, alors président de l’Assemblée Nationale et deuxième homme fort du pays, furent décrochés de la place qu’elles occupaient à côté de celles du président de la république.

Jusqu’alors ces deux photos, celles du président de la république et du président de l’Assemblée Nationale trônaient côte à côte dans tous les bureaux et bâtiments administratifs du pays, voire même dans certains domiciles privés. Malgré la séparation brutale avec la France, et quelques difficultés éprouvées ici et là, tout allait pour le mieux en Guinée jusqu’à cette époque.

Et malgré la situation de parti unique, il y avait une séparation des pouvoirs entre l’exécutif et le législatif, et voire même le judiciaire. Et les responsables du Parti qui étaient opposes a une concentration du pouvoir par Sékou Touré, tenaient coute que coute à ce que la démocratie soit respectée à l’intérieur du parti. On sait comment tout cela s’est terminé et comment Sékou Touré s’appuyant sur les pouvoirs élargis que lui conférait la constitution a réussi à s’imposer comme le Responsable Suprême de la Révolution. On sait aussi comment ses ‘adversaires politiques’, ceux qui s’étaient opposés à sa montée en puissance comme seule autorité du pays, avaient fini au camp Boiro, au bout d’une corde pour certains, et devant un peloton d’exécution pour d’autres comme Mme Loffo Camara, première femme ministre en Guinée.

Après cela, ce fut la porte ouverte à toutes les dérives et l’exode massif des guinéens vers les pays voisins, la France et les pays de l’occident. Mais il ne faut pas penser que cela fut une innovation guinéenne! Sékou Touré n’était pas le premier à mettre en place un tel régime de type présidentiel fort. Il n’a fait que suivre un mouvement en pleine éclosion alors en Afrique, encouragé par les puissances étrangères et les grandes multinationales qui trouvaient qu’il était plus facile de traiter directement avec un homme fort que d’avoir à faire à l’Assemblée Nationale d’un pays où les tractations seraient plus difficiles pour avoir un libre accès aux ressources naturelles.

Partout en Afrique, dans les années 60, on assista à l’émergence d’hommes forts soit par des coups d’état ou soit par des élections frauduleuses. Et cela indépendamment du fait que l’on soit du camp socialiste ou du camp occidental de marche libéral. Déjà des leaders comme Kwame N’Nkrumah et Mobutu Sese Seko dirigeaient leurs pays respectifs d’une main de fer. Et ce n’est pas Sékou Touré qui allait certainement se faire damer le pion! Il sévira sans pitié, frappant et éliminant des adversaires réels et supposés pour se cramponner au pouvoir 26 ans durant et entrainant la Guinée dans un cycle de violences, de pénuries et de difficultés économiques de toutes sortes dans lesquelles se débat encore le pays plus de 34 ans après sa disparition.

Le fait qu’au même moment, le Général De Gaulle avait réussi à installer en France un régime de type présidentiel fort, avec la mise en place de la 5e république, n’était pas fait pour arranger les choses. Et les actions de son homme de confiance, Jacques Foccart, grand architecte de la Françafrique ont contribué à dérober aux africains le choix libre de leurs dirigeants et le contrôle effectif des ressources naturelles de leurs pays. C’est bel et bien le contexte qui prévalait en Afrique, et malgré tout ce qu’on vous dira la Guinée était elle aussi engagée dans cette dynamique, mais à contre-courant de la politique dictée par Paris.

Si certains pays de la zone francophone ont eu la chance d’avoir des leaders plus ou moins éclairés, la Guinée, quant à elle, souffre depuis l’indépendance d’un cruel manque de leadership. Tous les leaders qui se sont succédés à la tête de l’état guinéen opèrent avec ce système présidentiel qui a fait tant de mal à la Guinée et tous semblent être des clones du président Sékou Touré. Il n’y a jamais eu de rupture avec ce système et c’est ce qui explique la situation dans laquelle nous nous retrouvons aujourd’hui. Prenez n’importe quel leader aujourd’hui et installez-le à Sèkhoutouréya et vous verrez que rien en définitive ne changera.

Il est temps donc de rompre avec ce système. Il est temps d’en finir avec le système présidentiel fort. Il est temps de mettre en place un régime de type parlementaire comme dans tous les pays qui avancent sur la voie du progrès, comme en Allemagne, comme au Royaume-Uni, au Canada, en Inde, au Japon, en Israël, en Malaisie, au Pakistan, en Belgique, au Danemark, en Italie, en Hollande, en Norvège, en Espagne, en Suède, en Suisse, en Australie, en Nouvelle Zélande, en Jamaïque, au Botswana, en Ethiopie, à l’Ile Maurice, en Afrique du Sud etc…

Ce régime présidentiel a fait trop de mal en Guinée. Il a dévoré tous nos grands intellectuels au cours de la première république. Il a fait main basse sur nos richesses au cours de la deuxième république et maintenant il est entrain de dévorer nos enfants. Il est temps d’y mettre fin pour le grand bonheur des populations.

Le mouvement que nous sommes en train de mettre en place va être le fer de lance de la lutte contre ce système. Il va nous permettre à sensibiliser l’opinion, à mobiliser toutes les énergies et tous les guinéens, et plus particulièrement les jeunes. Il va nous permettre d’introduire un nouveau débat et changer la donne. Ce mouvement va surtout nous permettre à changer la façon dont la politique se fait en Guinée et rapprocher les populations de ceux qui agissent en leur nom. Bref ce mouvement sera dédié à la mise en place d’un système parlementaire en Guinée dans lequel il y aura forcément une interaction entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif. Au grand bénéfice des populations.

Thierno Sadou Diallo

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