Thierno Sadou Diallo, Leader du Mouvement pour la Réfondation de la République. AlloAfricaNews

La récente visite du président guinéen Alpha Condé aux Etats-Unis a été très suivie et commentée par les observateurs de la scène politique guinéenne. Nul autre déplacement du président guinéen qui voyage beaucoup à travers le monde n’avait soulevé autant de commentaires, de polémiques et de controverses. Une visite effectuée dans un contexte socio-politique jugé assez mauvais ne pouvait que soulever tant de passion. Et vu les faits insolites, les manifestations tonitruantes et les déclarations sans appel qui ont marqué ce séjour présidentiel au pays de l’Oncle Sam, on peut dire que cette visite a été à la hauteur de l’affiche qui lui avait été réservée.

Maintenant que les rideaux ont été tirés sur cet épisode de la politique guinéenne, on peut dire sans risque de se tromper que ce voyage était dès le départ une mission impossible pour Alpha Condé et son équipe et qu’elle n’a pas donné les résultats escomptés. Et les raisons de cet échec sont liés à plusieurs facteurs dont notamment les erreurs de communication et d’organisation, les maladresses de l’entourage présidentiel et bien entendu la forte mobilisation de la communauté guinéenne qui, à travers des manifestations intempestives, a réussi à reléguer au second plan la propagande officielle entourant cette visite.

Une visite d’amitié et de travail…

Intervenue après ses récents déplacements au Nigeria ou il a rencontré le président Mouhamadou Bouhari, le jour de la fête musulmane de Tabaski et en France où il était en compagnie de son homologue ivoirien Alassane Dramane Ouattara et le président Emmanuel Macron, la visite annoncée du président Alpha Condé aux Etats-Unis a vite fait de susciter de l’intérêt et une vive controverse sur la véritable nature du voyage présidentiel.

Vu le contexte politique actuel qui est largement dominé par le débat sur les velléités d’un troisième mandat pour M. Condé en introduisant une nouvelle constitution, les critiques du régime ont vite fait de voir une ultime manœuvre du président Guinéen pour s’octroyer des soutiens extérieurs pour son projet qui rencontre de vives résistances sur le terrain, principalement de la part des partis politiques de l’Opposition, des organisations de la société civile et des mouvements syndicaux tous regroupés au sein du Front National pour la défense de la constitution (FNDC).

En effet selon des sources non confirmées, et le président Bouhari et le président Macron auraient demandé à Alpha Condé de renoncer à tout changement constitutionnel qui lui permettrait de conserver le pouvoir au délà de son deuxième et dernier mandat. Cette tournée américaine étant donc vue simplement comme une ultime tentative de convaincre la superpuissance de fermer les yeux sur cette éventuelle réforme constitutionnelle et supporter ses «efforts de modernisation» des institutions guinéennes. Surtout que quelques jours avant son départ, le président a fait une adresse à la Nation assez inhabituelle et exceptionnelle pour demander à son premier ministre, Ibrahima Kassory Fofana, de mener des consultations avec les représentants de la classe politique, de la société civile et les responsables des Organisations non gouvernementales (ONG).

Pour les sceptiques et tous ceux opposés au troisième mandat, la déclaration du président Condé visait uniquement à mettre la balle à terre pour mettre en confiance ses interlocuteurs américains.

Faisant fi de toutes ces critiques, le camp présidentiel décide donc d’aller de l’avant avec son plan d’action. La tournée américaine du président Condé est présentée comme une visite de travail et d’amitié. Mais rien ne filtre, ni de l’organisation, ni du programme, ni de l’agenda. A tel point que même les membres de la délégation accompagnant le président n’ont reçu aucune information concernant le programme d’activités et de rencontres prévues. En dehors certainement du ministre des affaires étrangères, Mamadi Touré, seul l’ambassadeur guinéen en poste à Washington, Kerfalla Yansané, semble être dans le secret des préparatifs de la visite du président. Et les membres de la délégation, et le personnel de l’ambassade ne seront informés qu’au fur et à mesure et seulement à quelques heures des déplacements du président guinéen. Beaucoup vont s’en offusquer et rejeter l’entière responsabilité sur l’ambassadeur Yansané.

A ce manque de communication et de transparence, s’ajoutent les nombreuses questions relatives à la durée du séjour présidentiel. Les critiques relèvent que le président va passer près de 3 semaines aux Etats-Unis avec tout ce que cela comporte comme dépenses avec un entourage de plus d’une soixantaine de personnes (frais d’hôtels, de transport, de location d’avion, de repas et de communication). On note que c’est l’un des plus longs séjours effectués récemment par un président en visite aux Etats-Unis.

En réponse, les organisateurs et l’entourage qualifient le séjour présidentiel de voyage d’affaires axé essentiellement sur la promotion des possibilités d’investissement pour les entreprises américaines. L’objectif donc est d’attirer les capitaux américains en Guinée dont l’économie est en plein rebondissement après l’épidémie de la fièvre hémorragique Ebola et les multiples crises postélectorales. Ensuite le président doit se rendre à New York pour assister à l’Assemblée Générale des Nations Unies où il prononcera son discours le 25 Septembre 2019.

Mais tout le monde se pose la question de savoir pourquoi une équipe composée de certains ministres, notamment ceux de l’Economie et des Finances, des Mines, du Commerce, du transport et de l’Agriculture n’aurait pas été mieux indiquée pour faire ce travail.

Le président avait-il besoin de se déplacer pour un séjour aussi long s’il n’y avait pas un autre agenda politique caché?

A suivre…

Thierno Sadou Diallo en collaboration avec AlloAfricaNews