Thierno Sadou Diallo, Président du Mouvement de Réfondation

Arrivé le Dimanche 8 Septembre 2019, le président Alpha Condé enchaine aussitôt les rencontres. Mais vite les problèmes de coordination et autres faux pas viendront compliquer le programme des activités. Le Lundi 9 Septembre, la délégation est prête à se rendre à Pittsburgh en Pennsylvanie. La ville abrite le siège du consortium minier Halco Mining, partenaire de l’Etat guinéen au sein de la Compagnie des Bauxites de Guinée (CBG) dont elle detient 51% des actions.

De l’avis de nombreux temoins, le cortège présidentiel a été retardé de plusieurs minutes à cause de l’absence de l’ambassadeur Kerfalla Yansané au moment du départ. Pour être dans les délais, Alpha Condé a dû se resigner de quitter sans avoir conférer avec son envoyé qui s’arrangera à le rejoindre plus tard. Aucune explication n’a été fournie sur les raisons du retard de l’ambassadeur alors que le chef de l’Etat s’enquérait sur son sort jusque dans le hall de Willard Intercontinental.

C’est dans la même ville de Pittsburgh que deux jours plus tard, beaucoup de guinéens se sentiront humiliés par la façon dont leur président fut traité lors de la cérémonie de commémoration en l’honneur des victimes des attentats du 11 Septembre. Sur la plaine où s’était écrasé l’un des avions des terroristes, une tribune avait été montée pour recevoir les dignitaires. Au premier rang desquels, le vice-président des Etats-Unis, Mike Pence qui devait présider la cérémonie. En face de cette tribune, des chaises avaient été placées tout le long de cet espace ouvert pour accueillir le public.

Quelle ne fut la surprise des guinéens vivant aux USA, lorsque les photos officielles de la cérémonie furent publiées dans la presse par les propres membres de l’entourage présidentiel. Des photos qui montrent M. Alpha Condé dans une posture peu digne par rapport à son statut de chef d’Etat. On y voit le président guinéen assis au milieu de la foule, sur une des chaises réservées au public, le regard surpris par la camera.

Cette image était révoltante à plus d’un titre. Non seulement le président était assis sur une chaise ordinaire comme un simple spectateur, mais il a été filmé et photographié dans cette position peu honorable par un membre de son entourage sans le moindre souci pour l’image de marque de la Guinée.

 

La photo fera le tour des réseaux sociaux. Les internautes, indignés, dénonceront le fait que le chef de l’Etat n’ait pas eu accès à la tribune officielle et qu’il n’ait pas eu l’opportunité de serrer la main du vice-président américain qui semblait même ignorer sa présence à cette cérémonie. Même la publication d’une autre photo montrant Alpha Condé entrain de déposer une gerbe de fleurs au mémorial des victimes du 11 Septembre, ne réussira pas à calmer la fureur. Les critiques du président auront vite fait de signaler le double traitement vis-à-vis des victimes du massacre du 28 Septembre 2009 pour lesquels on a manifesté peu de compassion dans le passe.

Si l’étape de Pittsburgh a été entachée par cette grosse gaffe, l’étape suivante de l’itinéraire présidentiel, qui le conduira au Département d’Etat à Washington DC, va nous offrir une scène plutôt surréaliste révélant ainsi la méconnaissance des visiteurs guinéens des normes et pratiques en cours dans le circuit diplomatique américain.

Le 13 Septembre 2019, Alpha Conde a un rendez-vous au Département d’Etat pour une rencontre très attendue avec le Secrétaire d’Etat, Mike Pompeo. C’est le plus haut responsable de l’administration Trump programmé pour une rencontre avec le président guinéen. C’est donc une rencontre décisive et de la plus haute importance.

Tôt le matin, des partisans de M. Condé commencent à rallier l’espace réserve aux rassemblements de manifestants contre telle ou telle politique. Tout juste en face de la devanture de ce ministère régalien. Intrigues, quelques fonctionnaires observent la scène qui se déroule sous leurs fenêtres. Parmi eux, le sous-secrétaire d’Etat aux affaires africaines, Tibor Nagy, qui plus tard, traduira dans un langage tout à la fois caustique, feutré et diplomatique, le sentiment qui prévalait au niveau de ces grands mandarins de la politique étrangère américaine.

Au cours d’un diner offert en l’honneur du président guinéen, il dira en substance qu’il s’attendait à la visite du président Condé et qu’il y a souvent des manifestations contre les présidents qui viennent conférer avec eux au Département d’Etat. Mais cette fois-ci quand il a regardé à travers sa fenêtre, il a vu non pas une manifestation contre le président en visite, mais une manifestation de soutien, en faveur du président. Il rajoute, pesant ses mots, qu’il travaille dans cet immeuble depuis 1978, mais qu’il n’avait jamais vu une chose pareille. Sans oublier de mentionner que cela était bien étrange! En quelques mots, il a réussi à dire aux guinéens sans les heurter, qu’ils avaient enfreint aux règles et aux normes en vigueur dans ce temple sacré de la diplomatie américaine. En clair, ils n’ont pas respecté la tradition!

Cette mise au point était plus que nécessaire quand on sait que la délégation guinéenne a violé sans le savoir, non seulement les règles de bienséance mais aussi «le protocole de sécurité». Tous ceux qui ont été au département d’Etat ont pu se rendre compte du dispositif sécuritaire mis en place autour de l’édifice. Toutes les rues menant à l’entrée principale sont barricadées à l’aide de puissants blocs de ciment, ne laissant qu’un petit passage pour les voitures officielles. Et tous ces points de passage sont contrôlés et surveillés par des agents du service secret chargés de la protection des officiels et des bâtiments de la haute administration. Les véhicules transportant les visiteurs de marque doivent passer par ces points de passage avant d’aller stationner directement devant la porte d’entrée.

Le visiteur descend de la voiture pour s’engouffrer directement dans le grand hall de l’entrée principale. La rue qui passe devant le building est interdite au trafic piéton. Toute personne qui s’y aventure est rappelée à l’ordre et est priée de suivre le trottoir longé par de puissants blocs de ciment. Les agents de sécurité y veillent comme à la prunelle de leurs yeux. L’espace réservé aux manifestants se trouve de l’autre côté de cette rue permettant ainsi aux agents de surveiller et maitriser tout débordement.

Voilà c’est ce dispositif sécuritaire que la délégation guinéenne a violé lorsque le président Alpha Condé, après son entretien avec Mike Pompeo, a traversé cette rue pour aller serrer les mains de ses partisans regroupés au lieu indiqué. Les éléments de sa garde ont du pousser mille et un jurons en le voyant faire, n’ayant pas l’autorité pour le restreindre physiquement.

Mais sur une vidéo filmée par une équipe d’AlloAfricanews, on voit clairement quelques éléments de sa garde rapprochée qui avaient pris le dessus, le diriger hâtivement vers sa voiture officielle. On voit l’un d’entre eux poser une main protectrice sur la tête du président guinéen pour l’aider à monter dans le véhicule dont les portières se referment aussitôt. Ce geste à lui seul signifie que les agents étaient obligés de passer à un niveau supérieur des mesures de sécurité prévues pour assurer la protection de leur hôte peu soucieux des règles.

 

Alpha Condé met à rude épreuve sa garde rapprochée. Il est engouffré dans sa voiture.

C’est le même incident qui a failli se reproduire à New York lorsque M. Alpha Condé, ayant terminé son discours devant l’Assemblée Générale des Nations Unies, est sorti pour recevoir un bain de foule de la part de ses soutiens amassés au niveau de la place Dag Hammarskjöld, en face du siège de l’ONU. Mais c’était sans compter avec le professionnalisme de la police New Yorkaise habituée de ces faits. Toutes les voies menant à la place réservée aux manifestants étaient barricadées et bloquées de telle sorte qu’aucun contact n’était possible entre ces derniers et les participants à l’Assemblée Générale.

La mort dans l’âme, Alpha Condé a dû se contenter d’agiter la main de très loin en direction de ses supporters, avant de rebrousser chemin.

A New York, l’une des villes les plus peuplées et cosmopolites des Etats-Unis, on ne badine pas avec la sécurité. Les visiteurs guinéens l’ont appris à leurs dépens. Malheureusement pour le président Alpha Condé, tous ces déboires auraient pu être évités si l’entourage avait été tant soit peu efficace.

A suivre…

Thierno Sadou Diallo en collaboration avec AlloAfricaNews