Un scientifique iranien de haut rang travaillant dans le secteur nucléaire a été assassiné vendredi alors qu’il se trouvait dans son véhicule près de Téhéran, le chef de la diplomatie iranienne accusant Israël d’avoir joué un «rôle» dans cet «acte terroriste».

«Des terroristes ont assassiné aujourd’hui un éminent scientifique iranien. Cette lâcheté -avec des indications sérieuses du rôle d’Israël- montre le bellicisme désespéré de ses auteurs», a tweeté Mohammad Javad Zarif, ministre iranien des Affaires étrangères.

Le chef de la diplomatie a également appelé la communauté internationale à «mettre un terme à ses honteuses positions ambivalentes et à condamner cet acte terroriste». Le ministère de la Défense avait peu avant identifié la victime comme étant Mohsen Fakhrizadeh, chef du département recherche et innovation du ministère. Il a été «gravement blessé» lorsque sa voiture a été prise pour cible par plusieurs assaillants, qui ont en retour été pris à partie par l’équipe de sécurité du scientifique, avait indiqué le ministère dans un communiqué, ajoutant que l’équipe médicale n’était pas parvenue à le ranimer.

Mohsen Fakhrizadeh avait été qualifié par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu de père du programme iranien d’armement nucléaire. Plusieurs médias locaux, dont les agences de presse Tasnim et Fars, avaient plus tôt rapporté une tentative d’assassinat contre le scientifique dans la ville d’Absard, à l’est de la capitale iranienne. «Des terroristes ont fait exploser une voiture avant de tirer sur la voiture de Mohsen Fakhrizadeh», avaient-elles indiqué. Tasnim précisait «attendre encore des informations officielles» sur son état de santé.

Une “vengeance terrible attend” ceux qui ont commandité l’assassinat
Le chef d’état-major iranien, le général de division Mohammad Baghéri, a prévenu qu’une «vengeance terrible» attendait les personnes derrière l’assassinat du scientifique iranien. «Les groupes terroristes et les responsables et les auteurs de cette tentative lâche doivent savoir qu’une vengeance terrible les attend», a-t-il tweeté, selon l’agence de presse étatique Irna. Il a qualifié la mort de Mohsen Fakhrizadeh de «coup amer et lourd», assurant que les Iraniens «n’auront pas de repos tant que nous n’aurons pas pourchassé et puni» les personnes impliquées.

Cet assassinat intervient moins de deux mois avant l’arrivée à la Maison Blanche du démocrate Joe Biden, président élu à l’élection du 3 novembre aux Etats-Unis. Joe Biden entend changer de posture vis-à-vis de l’Iran après les quatre années de présidence du républicain Donald Trump, qui s’est retiré en 2018 de l’accord avec les grandes puissances signé à Vienne trois ans plus tôt portant sur le programme nucléaire de Téhéran. Les Etats-Unis ont ensuite rétabli puis renforcé les sanctions à l’encontre de l’Iran. Donald Trump estime que cet accord n’offre pas de garanties suffisantes pour empêcher Téhéran de se doter de l’arme nucléaire. L’Iran a toujours nié vouloir un tel armement. Le président américain a re-tweeté vendredi des informations sur l’assassinat du scientifique iranien, mais sans y adjoindre de commentaire personnel.

Fakhrizadeh a été tué au lendemain du transfert par la Thaïlande de trois Iraniens détenus pour une attaque à la bombe manquée visant des diplomates israéliens à Bangkok en 2012. D’après Téhéran, cette opération s’est faite en échange de la libération mercredi de la chercheuse australo-britannique Kylie Moore-Gilbert. Condamnée à dix ans de prison pour espionnage au profit d’Israël –ce qu’elle a toujours nié-, la chercheuse a salué mercredi la fin de son calvaire. Après plus de 800 jours de détention, cette spécialiste du Moyen-Orient a reconnu que son départ d’Iran serait «doux amer» en dépit des «injustices» subies.

Plusieurs autres scientifiques spécialisés dans le domaine nucléaire en Iran ont été assassinés ces dernières années, la République islamique en attribuant systématiquement la responsabilité à Israël. Et le quotidien américain «New York Times» a rapporté mi-novembre qu’Abdullah Ahmed Abdullah, alias Abou Mohammed al-Masri et numéro deux d’Al-Qaïda, avait été abattu à Téhéran par des agents israéliens, lors d’une mission secrète commanditée par Washington. L’Iran a démenti. AFP

 

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